> Il y a parmi ces élèves une obsession de la pureté et, de facto, de la souillure qu’ils traquent partout, même où elle n’est pas. On ne doit, selon eux, ni penser le corps ni penser son langage particulier. L’idéal dont ils rêvent : un monde expurgé de tout désir apparent. Les conséquences sont considérables. Pour moi, c’est la censure. Pour eux, c’est bien pire : une négation du corps, un refoulement du désir, une incapacité à se comprendre soi-même. Qu’adviendra-t-il de ces jeunes femmes et jeunes hommes vivant avec un tel impensé de ce qui bouillonne en eux ? La littérature n’est-elle pas tout occupée à fouiller, modeler, éclairer les forces étouffées qui nous travaillent ? N’est-ce pas grâce à elle que nous parvenons à mieux nous comprendre, à mieux nous maîtriser ?
> Leur bigoterie est redoutable car elle n’est ni honteuse ni dissimulée. Elle se revendique fièrement, bruyamment. Ce refus de voir et de lire est bavard, il dit : « Je suis pur et vous êtes corrompu. » Il dit : « Je m’élève et vous vous abaissez ». Il opère un retournement : le professeur est sermonné, remis dans le droit chemin, catéchisé par ses élèves qui prennent le pouvoir. « On ne montre pas ça, on n’écrit pas ça, on ne peint pas ça. Tirez le rideau sur ces pulsions. Cachez ! Cachez ! Cachez ! »
Je me sens un peu mal à l'aide en lisant ce témoignage car j'ai l'impression de jouer au jeu "taboo" : il ne fallait pas dire le mot "Islam", il ne l'a pas dit... juste évoquée dans le deuxième paragraphe. Je me sens un peu en porte-à-faux du coup. Témoigne t-il de sa seule expérience, tous les élèves concernés réagissent-ils ainsi, les cathos intégristes ont-ils le même comportement ? Son non-dit jette davantage qu'il ne, si j'ose dire, lève le voile.
Cela étant, les exemples de pudibonderie et de bigoterie autre qu’islamique pullulent, et peut-être son allusion au 2ème paragraphe m'a t-elle induit en erreur. Entre les "parents vigilants" de Zemmour et les Stanislaso-compatibes que j'évoquais hier à travers un [billet de blog de Schneidermann][1], le fond de l'air devient frisquet et la morale un peu trop chatouilleuse. Entre le "tu ne devrais pas dire/montrer ça" et le "je saurais bien t'empêcher de le faire", il y a un pas qui est parfois franchi.
EDIT : je vous remet la citation : "On aurait pu penser que cette principauté n'était qu'une subsistance anachronique, assiégée par l'évolution libérale des mœurs. Mais tout peut aujourd'hui laisser penser que le mouvement s'effectue en sens contraire, et que c'est plutôt le libéralisme économique, qui fait mouvement vers l'illibéralisme sociétal. Cette coïncidence confirme, tout simplement, qu'aucune" "évolution des mœurs"", allant dans le sens d'une plus grande liberté à disposer de son corps, telle qu'on aurait pu l'analyser depuis un demi-siècle, n'est aujourd'hui irréversible."
via SebSauvage sur Mastodon
[1]:
https://sammyfisherjr.net/Shaarli/?i6659Q