> Et si c'étaient les deux à la fois ? L'un parce que l'autre, l'un dans l'autre ? Putsch guignolien, guignolade putschiste. Si la pulsion putschiste de Trump ne fait aucun doute, il a toujours été aussi clair qu'il n'avait pas les moyens d'un coup d'État traditionnel. Les chefs militaires américains ont prévenu par avance qu'ils ne s'y prêteraient aucunement. Au dernier moment, le vice-président Pence a lâché Trump, l'a prévenu qu'il n'aurait d'autre choix que de certifier les résultats, et c'est vraisemblablement lui qui a fait appel à la Garde nationale pour évacuer le Capitole. Ce qui ne signifie pas que tout danger soit écarté. Cette apothéose wagnérienne de la post-vérité marque peut-être en même temps sa limite. L'émeute complotisto-suprémacisto-néo-nazie de Washington n'est en aucune manière une alternative au pouvoir légal, celui qui contrôle la police et l'armée, bat monnaie, et vote les lois. La journée de 6 janvier ne tuera pas QAnon, ni ne réduira le cancer complotiste. Elle les a simplement cantonnés dans un monde parallèle, où ils sont solidement établis.
Oui, je suis assez d'accord, mais un peu moins sur le "monde parallèle". Les QAnon et les néonazis qui prennent d'assaut le symbole de l’État de droit (comptez pas sur moi pour les envolées lyriques sur "le temple de la liberté", faut pas déconner non plus), c'est ici et maintenant, et on a déjà vu hier qu'on avait les mêmes spécimens en France. Peut-être moins folkloriques, mais tout aussi azimutés. C'est vrai qu'ils vivent dans "leur" monde, mais leur délire a des conséquences bien réelles. Trump ne restera pas un épiphénomène, il est juste le symptôme le plus visible d'une démocratie agonisante : an vrac, dans l'ordre où ça me vient, Netanyahou, Orban, les crispations identitaires et sécuritaires de quasiment toutes les démocraties occidentales, le rejet de "l'autre"... Ce n'est pas juste Trump.
Mais les médias aiment les images fortes, et le suprémaciste déguisé en viking de carnaval restera dans les mémoires. D'autres choisiront de retenir les multiples versions des Tuches en visite libre du Capitole, je retiendrai pour ma part ces images terrifiantes de drapeaux sudistes et de T-shirt nazis.
Et pas le fait que la police ait été débordée : "Aucune force de police ne pourrait tenir contre une population furieuse et résolue. L'astuce consiste à s'arranger pour qu'elle ne le comprenne pas" (Sir Terry Pratchett), mais bel et bien le fait que la police n'était pas en nombre suffisant, comme le faisait déjà remarquer mon [shaare][1] de tout à l'heure : pour encadrer des manifestants pacifiques qui réclament l'égalité des droits, on sort les grands moyens, mais pour faire face à des furieux d'extrême-droite, c'est service minimum. Comme si le système travaillait à fabriquer lui-même les outils de sa propre perte.
[1]:
https://www.sammyfisherjr.net/Shaarli/index.php?ifthmQ