« Je ne veux entendre aucun » – Louise Mey
> Et en face les femmes qui continuent de gueuler parce qu’il nous reste encore de la voix, que vous n’avez pas tout pris, on est épuisées pourtant, on se traîne, on met le linge à sécher, on travaille on aide on torche on répare on console et il ne reste rien parfois ou si peu, toutes les femmes que je connais sont épuisées, rien parfois ou si peu mais la colère, la colère est là et elle aussi se transforme, elle aussi se réécrit, vous cachés dans vos petits bureaux derrière vos petites cravates loin à l’intérieur de vos petits costumes trop larges vous nous poussez à réinventer la colère, la colère qui crie fort et devient rage et fureur et mépris, mesurez-vous sous vos coutures tout le mépris que vous crient les femmes, ne pensez pas qu’elle est une et unique, la colère est infinité, la colère contient des océans, des tempêtes des incendies, non vous n’entendez rien et vous ne voulez rien entendre, vous ne voulez entendre aucun, entendre aucune, mais il y a erreur, un terrible malentendu, vous allez rire, quelle confusion, nous nous sommes mal compris, oui c’est embarrassant, une telle incompréhension : la rage des femmes n’a pas besoin de permission, les femmes vont crier aussi longtemps qu’elles le peuvent et quand elles ne pourront plus quand elles seront à bout elles gueuleront encore, on les trouve déjà gênantes, hystériques, pénibles, sales connes, on les méprise déjà, on les heurte déjà, on les ignore déjà, on les frappe déjà, on les tue déjà, les femmes qui crient te gênent, les femmes qui crient t’emmerdent, oui, et les femmes qui crient t’emmerdent, dans ton petit palais ton petit costume avec ton petit discours tes ministres qui règlent les choses, entre hommes, les femmes t’emmerdent et tu peux continuer de décider ce que tu ne veux pas entendre, ça ne change rien, tu nous craches déjà à la gueule, tu peux dire ce que tu veux, tu peux continuer les envolées lyriques les grands mots les récitations, les femmes n’écoutent plus elles ont mieux à faire, elles ont du travail puisque tu ne t’occupes de rien que de toi et de n’entendre aucun, elles ont des gens à protéger des vies à préserver des pavés à battre des chansons à hurler des flammes à nourrir, les femmes t’emmerdent et elles ne veulent entendre aucun.
via Seb sur (°m
2026-06-15 - permalink -
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