> Ce qui ressort d’abord de l’enquête, c’est qu’au quotidien le souci principal des classes supérieures, en termes de stratégie de distinction et d’éducation, n’est pas de se démarquer des plus pauvres. Principalement parce que, pour elles, cette distinction va le plus souvent de soi. D’autant que, dans le cas francilien, la plus grande partie des classes populaires habite à distance des beaux quartiers, si bien que les occasions d’interaction sont plutôt rares. Nos interviewés cherchent plutôt à se démarquer des classes moyennes-supérieures et moyennes, plus proches d’eux et vis-à-vis desquelles ils tiennent à affirmer leur supériorité statutaire et à défendre leurs avantages. Pour des raisons indissociablement identitaires et stratégiques en termes de reproduction sociale, ils tiennent par exemple à ce que leurs enfants grandissent dans des quartiers et fréquentent des écoles « qui leur correspondent », et ils définissent de façon très élitiste et restrictive la classe sociale à laquelle ils s’identifient ou à laquelle ils aspirent et qu’ils prennent pour modèle.
> Néanmoins, c’est lors des rares occasions où cet ordre moral local est effectivement "menacé" par la perspective d’une mixité avec des classes populaires que l’on observe les réactions les plus péremptoires et violentes. Cela a notamment été le cas avec le projet de construire un centre d’accueil dans le XVIe arrondissement de Paris ou, à Delhi, quand a été émise l’idée de contraindre les écoles de la grande bourgeoisie à accueillir des élèves de milieux défavorisés.
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