Derrière des raisonnements historiques cavaliers et souvent incohérents, Curtis Yarvin imagine une société où les chefs d’entreprise du numérique règnent en maîtres absolus des destinées du monde, où les citoyens ordinaires sont dépossédés de leurs droits et où les individus jugés non productifs sont enfermés dans des caves, distraits par une réalité virtuelle. Le « techno-monarchisme » de Curtis Yarvin conduit à une justification du pouvoir sans limite des oligarques du numérique et de l’eugénisme au nom du bien commun.
De tels raisonnements pourraient prêter à sourire si le vice-président des États-Unis J. D. Vance ne citait pas Curtis Yarvin comme une référence, et si ce dernier n’était pas au cœur d’une galaxie réactionnaire qui compte influer sur la future administration Trump, de Peter Thiel à Elon Musk, et faire encore plus basculer vers des politiques radicales un parti républicain que Yarvin a toujours considéré comme « progressiste ».
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L’imaginaire de Curtis Yarvin est un étonnant mélange de références classiques et de culture geek contemporaine. S’inspirant de Matrix, il invite — dans un article intitulé « Un argumentaire contre la démocratie : dix pilules rouges » — ses lecteurs à prendre une « pilule rouge » en référence à celle qui, dans le film, permet de prendre conscience des illusions imposées par la Matrice aux êtres humains, et, dans le monde de Curtis Yarvin, permettrait de dissiper un certain nombre d’idées reçues sur les bienfaits de la démocratie. Cette utilisation métaphorique du film Matrix a été également reprise par Elon Musk en mai 2020.
Yarvin se surnomme également le « seigneur sith » de la pensée néo-réactionnaire, suggérant ainsi qu’il œuvre à l’édification d’un Empire, de la même manière que le personnage de fiction Palpatine instaure un Empire galactique à la suite d’un coup d’État dans la série de films Star Wars, grâce à sa maîtrise du côté obscur de la Force.
Les néoréactionnaires, qui sont convaincus que le monde ne tourne pas rond, proposent d’en finir avec la démocratie et de « restructurer » le gouvernement comme une entreprise souveraine dont la direction serait confiée à un PDG. « Si vous n’êtes pas satisfaits du service proposé par ce gouvernement, vous n’avez qu’à vous en trouver un autre », détaille Arnaud Miranda.
L’inventeur de cette théorie s’appelle Curtis Yarvin, un programmeur et blogueur politique. Harrison Smith, spécialiste des médias numériques à l’université de Sheffield et auteur d’un livre sur les néoréactionnaires, nous explique que Curtis Yarvin a imaginé le mouvement NRx à la fin des années 2000. À l’époque, ses principales activités étaient « Urbit, une startup de logiciels, et son blog, Unqualified Reservations, où il écrivait sous le pseudonyme de Mencius Moldbug ». Un universitaire, Nick Land, a donné corps à la théorie en la nommant Dark Enlightenment – Lumières Sombres – et en rédigeant un manifeste en 2012.
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Curtis Yarvin envisage de mettre sur un piédestal les leaders de la tech, de laisser l’innovation suivre librement son cours, sans surveillance démocratique ni régulation, et d’enfermer les individus non productifs. Il s’agit, autrement dit, d’un projet techno-monarchiste puisque ceux qui seraient incapables de manier les technologies seraient mis au ban de la société.
Quelques années avant la réélection de Donald Trump, Curtis Yarvin a imaginé un programme appelé « RAGE », ou Retire All Government Employees. Il vise à licencier tous les employés du gouvernement afin d’intensifier cette transition de système. Le DOGE d’Elon Musk, même si les quatre lettres sont différentes, en serait une émanation.
Benjamin Noys souligne que les textes néoréactionnaires, en particulier le manifeste de Nick Land, s’appuient sur des thèses racistes. Ils contiendraient de nombreux points critiques à l’égard des afro-américains : « même s’ils nient leur racisme, ils affirment que tout est question de hiérarchies naturelles et d’intelligence ». Pour Nrx, il y a une hiérarchie dans les êtres humains.
Le sociologue Harrison Smith s’accorde avec le professeur sur ce point : « il convient de souligner que ceux qui défendent des opinions néoréactionnaires sont inévitablement des hommes blancs », parmi lesquels Peter Thiel, le co-fondateur de PayPal, le milliardaire Marc Andreessen qui a développé le premier navigateur web, Mosaic, ou encore le vice-président des États-Unis, J. D. Vance qui a déjà cité le travail de Curtis Yarvin pour expliquer ses valeurs politiques, tout en évoquant des idées de « dé-wokisation ». Peter Thiel est un des grands acteurs de la droitisation de la Silicon Valley, à commencer par celle de son ex-partenaire Elon Musk. Il est un des rares milliardaires de la tech à avoir participé au premier mandat de Donald Trump, bien avant que le Républicain adhère aux idées au Yarvin. C’est sous son influence que patron de Tesla a accepté d’endosser le rôle de CEO des États-Unis.
Vous marrez pas trop, on a les mêmes en France / en Europe, et ça peut nous arriver très vite.
Je continue sur mon dépilage de newsletters...
Un régime politique à bout de souffle, un président qui méprise le résultat des élections, un "extrême-centre" tout prêt à se jeter dans les bras de l'extrême-droite, et surtout, un milliardaire des médias, instrumentalisant ses journaux pour pousser son propre agenda politique : et si 2025, c'était 1932, l'année qui précède la prise de pouvoir de Hitler en Allemagne ?
Oui, les renvois en miroir des deux situations sont si impressionnants, que l'on soupçonnerait presque Johann Chapoutot, auteur de "Les irresponsables, Qui a porté Hitler au pouvoir ?" (Gallimard) d'avoir forcé le trait, pour les besoins d'une démonstration établie à l'avance.
Pas du tout ! réplique l'historien du nazisme, qui admet avoir été lui-même surpris du parallélisme entre cette année 1932 et l'actualité française, européenne, et américaine la plus brûlante, de Le Pen à Trump. Ce parallélisme est en tous cas implacable. Et le livre prend ainsi place dans l'ensemble de l'oeuvre de l'historien, qui tend à replacer le phénomène nazi, avec ses racines et sa postérité dans le continuum de l'histoire de l'Europe, et de l'Occident.
(@SI, 12/03/2025)
Ça rejoint ce que j'ai déjà dit : non seulement ce sont des fachos, mais en plus ils sont incompétents.
Sous la pression du président américain et d’Elon Musk, les employés fédéraux sont en 100 % présentiel dans des bureaux où rien n’est pensé pour les accueillir.
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D’autres employés interrogés par CNN font aussi état d’un manque de place. Car si Donald Trump est obsédé par la fainéantise supposée des fonctionnaires, il est tout autant obnubilé par la réduction des dépenses immobilières de l’État fédéral.
Non seulement ce sont des fachos, mais en plus ils sont cons.
Si tu veux faire des économies sur le dos des fonctionnaires (ou de tes employés), tu leurs vends le télétravail en expliquant que c'est un progrès, voire un privilège. Beaucoup y gagneront sans doute (fatigue, transport...) mais l'employeur encore plus : moins d'employés dans un bâtiment, ça fait des bâtiments plus petits, moins de charges... Et ça fait longtemps que je le pense.
Qui aurait pu prévoir cela, il y a quelques semaines encore? Les Etats-Unis stoppent toutes leurs opérations contre les cyberattaques russes. Cette décision, qui s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement soudain entre Donald Trump et Vladimir Poutine, devrait rapidement avoir des conséquences au niveau mondial. L’Europe et la Suisse pourraient subir une intensification des cyberattaques russes. Moscou, déjà numéro un mondial du piratage, pourrait voir son pouvoir de nuisance démultiplié.
Trump n'est peut-être pas un ancien agent dormant du KGB comme le suggère une rumeur en cours, mais il n'est plus possible de nier qu'il travaille pour la Russie.
Le verbatim intégral de l'altercation entre Zelensky, Trump et Vance.
Je ne connaissais pas ce site, découvert par l'intermédiaire d'un article Médiapart précédemment cité.
Cet incident révèle également l’échec de la stratégie de la dernière chance défendue par certains Européens, comme Emmanuel Macron ou le premier ministre britannique Keir Starmer, qui espéraient avoir une ultime chance de réconciliation. En Europe, beaucoup voulaient encore se rassurer en se disant qu’il était possible d’influer sur Donald Trump avec un peu de politesse et de manipulation psychologique, par exemple en le flattant et en lui proposant un bon « deal ».
Donald Trump a mis fin à cette illusion. Il a montré qu’il avait une idée solide en tête et qu’elle était partagée par son vice-président et toute son administration. Son positionnement sur l’Ukraine n’est pas une lubie irréfléchie.
Trump a clairement dit qu’il ne fallait plus lui parler de sécurité. Ça ne l’intéresse pas. La seule chose qu’il veut, c’est qu’un accord de paix soit signé, et maintenant. C’est pour cela qu’il s’énerve lorsqu’on évoque des solutions sur le long terme. Lui, tout ce qu’il veut, c’est se débarrasser du dossier ukrainien et passer à autre chose.
Le sénateur démocrate Chris Murphy a dénoncé « une embuscade planifiée, conçue pour aider un dictateur russe brutal et nuire à la sécurité de l’Amérique ». « Trump est devenu le caniche de Poutine et la puissance mondiale de l’Amérique est en train de s’effondrer, car l’Amérique se range du côté des dictateurs plutôt que de la démocratie. Quelle honte ! »
L’action de Donald Trump sur le langage a déjà commencé. Le président des États-Unis renomme des réalités géographiques et proscrit certains mots des textes officiels et des articles scientifiques. Cette action sur le langage prend racine dans les pires instincts du fascisme et dans un « capitalisme linguistique » prédateur. Que ferons-nous lorsque nous n’aurons plus de mots pour qualifier l’effroyable ?
Un article d'Olivier Ertzscheid.
Si les deux hommes ont donné l’impression de vieux amis heureux de se retrouver et ont multiplié les flatteries, cette camaraderie de façade ne peut masquer la rupture de plus en plus nette entre alliés. En effet, au même moment, au siège des Nations unies à New York, les Américains rompaient avec les Européens pour rejoindre les rangs de la Russie et de la Chine.
Vous vous rappelez ce que j'écrivais il y a 4 jours ? Trump est pro-Poutine. Nous sommes en train d'assister à un retournement d'alliance, d'un basculement Est/Ouest à une entente USA-Russie-Chine, qui désormais votent de concert à l'ONU.
Ça implique pas mal de choses, notamment, à moyen-terme, l'explosion de l'OTAN, et la fin du "parapluie nucléaire" américain en Europe.
L'économie est, et reste, la principale préoccupation des habitants du pays de l'oncle Sam. Ils sont, par exemple, 58% des Américains interrogés à indiquer que l'inflation sera un critère essentiel dans leur choix lors des prochaines élections et ne sont pourtant que 32% à approuver la gestion par Donald Trump de cette question.
« Je vais lui dire : 'Au fond, tu ne peux pas être faible face au président Poutine. Ce n'est pas toi, pas ta marque de fabrique, ce n'est pas ton intérêt' », a expliqué le président français. « Comment ensuite être crédible face à la Chine si tu es faible face à Poutine ? », a-t-il encore fait valoir. « La deuxième chose à dire : 'Si tu laisses l'Ukraine prise par Poutine, la Russie sera inarrêtable pour les Européens', car elle 'va récupérer l'Ukraine et son armée, qui est l'une des plus grandes d'Europe, avec tous nos équipements, y compris les équipements américains. C'est une faute stratégique énorme' », a encore plaidé le chef de l'État, qui veut convaincre Donald Trump que « c'est son intérêt de travailler avec les Européens en ce moment ».
Ah, merde. Je n'avais pas vu les choses comme ça. Cela étant, je ne pense pas que l'argumentaire de Macron, ou des autres dirigeants européens, soit de nature à faire changer Trump d'avis. Déjà parce qu'on ne peut pas raisonner un rhinocéros. Ensuite parce que je suis profondément convaincu, pour dire les choses rapidement, que Trump est pro-Poutine, qu'il ait été élu avec son soutien (Cf. le procès avorté des malversations russes lors de l'élection de 2016) ou pas.
Le limogeage de Colleen Shogan, directrice des Archives nationales américaines, par Donald Trump ne relève pas d’un simple caprice. Il s’inscrit dans une dérive plus profonde, où le contrôle de l’histoire devient un outil de pouvoir, faisant écho au monde dystopique de «1984» de George Orwell.
via Seb (https://sebsauvage.net/links/?kscE3w)
Qu’est ce que j'écrivais ce matin déjà ?
Ce qui est terrifiant dans les obscures années que nous sommes condamnés à traverser, c’est que le possible vire petit à petit au probable.
«Nous sommes potentiellement au bord d’une nouvelle pandémie et nous virons des personnes qui ont probablement plus d’expertise que n’importe qui d’autre dans le pays», a-t-il prévenu, en référence à la grippe aviaire. Le virus H5N1 circule fortement aux Etats-Unis dans les élevages de volailles et de bovins et a contaminé près de 70 personnes depuis début 2024 et fait un mort, faisant craindre aux experts une potentielle pandémie s’il venait à muter.
Schéma de fonctionnement d'Elon-Trump (merci Seb pour le mot valise) :
1/ on vire des gens indispensable
2/ on se rend compte qu'on a fait une connerie
3/ on déploie des stratégies à base de bout de ficelles pour rattraper la connerie.
Ça ne vous rappelle rien ? C'est exactement comme ça que Elon Nazi a géré Twitter après l'avoir racheté. Mettre au plus au sommet de l’État un type qui proclamait qu'il allait faire la même chose avec "la bureaucratie" n'a pas suffisamment éveillé d'alarme chez les électeurs.
La chute vertigineuse de la valeur du jeton a suscité des critiques à l'égard du président américain Donald Trump, notamment après qu'un rapport du New York Times a révélé que les Trump ont empoché un joli pactole de 100 millions de dollars en commission, alors que les investisseurs perdaient des milliards.
Bref, Trump est un escroc, qui escroque d'abord ses propres soutiens. C'est assez fascinant à observer quelque part : à quel moment vont-ils se rendre compte qu'il les prend pour des cons ?
via Seb (https://sebsauvage.net/links/?4x46gQ)
J'avais loupé ça. C'est surréaliste.
Casquette dark maga, son fils au nom d'extraterrestre sur les épaules, Musk fait son show dans le bureau ovale.
Selon les articles, Trump est décrit comme "mutique" ou savourant la surprise des journalistes". Le fait est que ce n'est pas lui qui occupe l'espace. TIME n'a pas tort lorsqu'il fait sa Une sur Musk derrière le bureau de POTUS.
Il va p'têt falloir que ça rentre : LES-IA-RACONTENT-DES-CONNERIES.
Pas tout le temps, des fois elles dysfonctionnent et disent la vérité.
Depuis quelques jours, mon esprit malade, faisant le parallèle entre "l'ère de la post-vérité" ouverte à peu près lors de la première élection de Trump et l'avénement des robots culinaires spécialistes des pizzas à la colle, a pondu une synthèse lapidaire que je vous livre : pour l'IA comme pour Trump, le vrai est un moment du faux.
On sait aussi Donald Trump prêt à tous les chantages envers la Jordanie et l’Égypte pour obtenir un feu vert – ou au moins orange – à son ambition d’épuration ethnique de la bande de Gaza.
Mais tout à coup, comme un homme qui tient à réveiller son auditoire, à le saisir, le président états-unien lâche : « Les États-Unis prendront le contrôle de la bande de Gaza et nous ferons du bon travail. Nous la posséderons et serons responsables du démantèlement de toutes les dangereuses bombes non explosées et autres armes présentes sur le site, du nivellement du site et de l’élimination des bâtiments détruits, de l’aplanissement. Créer un développement économique qui fournira un nombre illimité d’emplois et de logements pour les habitants de la région... Faire un vrai travail, faire quelque chose de différent. »
Ce qui veut dire, en clair : déportation de la population gazaouie et envoi de l’armée américaine pour contrôler l’enclave, gigantesque marché pour les entreprises amies.