Féminazies - Libération
> Lorsque nous aurons violé et démembré le même nombre d’hommes que vous l’avez fait avec des femmes, ou avec des homosexuels ou des transsexuels, simplement parce qu’ils seront des hommes, ou parce que leur corps ou leurs pratiques ne correspondront pas à ce que nous entendons par une bonne masculinité hétérosexuelle soumise, alors vous pourrez nous appeler féminazies. Quand nous aurons décidé dans un Parlement composé uniquement de femmes, dans un conseil d’administration composé uniquement de femmes, qu’un homme pour le simple fait d’être un homme doit être moins bien payé qu’une femme dans n’importe quel emploi et dans n’importe quelles circonstances, alors vous pourrez nous appeler des féminazies. Lorsqu’il vous sera interdit d’éjaculer hors d’un vagin sous peine d’accusation d’avortement et que toutes vos pratiques sexuelles en dehors du lit hétérosexuel seront considérées comme grotesques ou pathologiques, alors vous pourrez nous appeler féminazies. Quand vos jambes trembleront lorsque vous traverserez une rue sombre et que vous chercherez avec crainte les clés de votre porte dans vos poches pour entrer chez vous le plus vite possible, quand une silhouette féminine au fond d’une allée vous fera vous retourner et courir, lorsque les rues de toutes les villes seront nôtres, alors vous pourrez nous appeler des féminazies. Quand les écoles n’enseigneront que des livres de Gertrude Stein et Virginia Woolf et que James Joyce et Gustave Flaubert seront devenus des écrivains «masculinistes», quand les musées d’art consacreront une semaine par an à l’exploration des œuvres inconnues des «artistes masculins» et quand les historiens publieront chaque décennie un magazine pour parler du rôle des «hommes invisibles dans l’histoire», alors, à ce moment-là, vous pourrez nous appeler des féminazies.
2019-12-13 - permalink -
-
https://www.liberation.fr/debats/2019/11/29/feminazies_1766375