La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre a estimé mardi 26 juin que la radiation d’Henri Joyeux, prononcée en première instance le 8 juillet 2016, "n'était pas suffisamment motivée". Depuis quelques années, Henri Joyeux, professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la retraite, est devenu l'une des figures de la contestation vaccinale. Il affirme notamment que la vaccination est dangereuse pour les nourrissons, et évoque des risques de mort subite. "Il y a des milliards de personnes vaccinées dans le monde, et très peu d’incidents rapportés de façon rationnelle. C’est une faute de sa part de jeter l’opprobre sur la vaccination" déplore le Pr Gentilini.
Retenez bien ces mots : la décision n'était " pas suffisamment motivée". A mon sens, mais il faudrait lire tout le bazar, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre, qui statuait donc en appel, a considéré que la décision de radier le Pr Joyeux n'était pas suffisamment motivée en droit : ce n'est pas tout de dire que quelqu'un raconte des conneries, encore faut-il prendre une sanction à son encontre en fonction des textes en vigueur.
Je ne dit pas que ce triste clown ne devait pas être condamné, je serais même plutôt de l'avis du Pr Gentilini, cité dans l'article, qui considère que ses propos fumeux sont constitutifs d'un trouble à l'ordre public (pour rappel ordre public = sécurité, tranquillité, salubrité ; salubrité = prévenir les désastres sanitaires, CQFD), mais qu'il est possible que la condamnation en première instance ait méconnu le principe de la liberté d'opinion, et aurait pu le condamner sur un autre motif. Encore une fois, je n'en sais rien, mais ça va très vite me saouler de voir passer des articles sur "la décision populiste".
Quoi qu'il en soit, le mal est fait, et l'olibrius claironne déjà que "Je ne suis pas du tout radié, je n'ai pas de blâme. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que j'ai raison!", et même si je déplore le buzz qui ne va rien arranger, je partage le coup de gueule de Michel Cymes :
Une victoire qui va vous permettre d'instiller le poison du doute dans l'esprit de parents qui se disent que puisque vous avez été blanchi, c'est bien que les vaccins sont dangereux. Une victoire pour les médias qui n'ont cessé de vous inviter depuis des années.
Mais du coup, une fois encore, qui est responsable ? Un vieil hurluberlu qui déblatère des conneries, ou bien les médias qui lui donnent complaisamment la parole ?
La honte du jour :
Vendre des fleurs. Mais seulement aux hétéros. La Cour Suprême des Etats-Unis vient de donner raison à une fleuriste qui avait refusé, au nom de sa foi religieuse, de faire une composition florale pour le mariage d’un couple gay.
via Seb
Cepndant, il reste une note positive :
Ce débat autour de grands principes protégés par la Constitution – liberté de croyance, égalité sexuelle et liberté d’expression – est appelé à se poursuivre, car de multiples tribunaux dans tous les Etats-Unis sont saisis de plaintes sur le sujet.
Le Conseil d’État estime que, compte tenu de la durée pendant laquelle la statuette litigieuse a été détenue par les requérantes sans initiative de l’État pour la récupérer, ces dernières peuvent effectivement se prévaloir du droit au respect de leurs biens. Il juge cependant que l’intérêt patrimonial de la statuette justifie qu’elle soit rendue à son propriétaire, c'est-à-dire à l’État, sans que soit méconnue l’exigence de respect d’un juste équilibre entre les intérêts privés de ses détenteurs et l’intérêt public majeur qui s’attache à la protection de cette œuvre d’art.
C'est particulier quand même :/
Je traduis pour les non juristes : la statue appartient à l'Etat, on reconnait quand même qu'il faut respecter la propriété privée, mais bon, rend cette fucking statue maintenant.
J'invite les malheureuses futures ex-ex-propriétaire (parce que la statuette, elles voulaient quand même la fourguer au plus offrant), et tous mes lecteur-ices, à venir fêter cette excellente décision du Conseil d'Etat au (très beau et gratuit) Musée des Beaux Arts de Dijon, où vous pourrez admirez ce que le Conseil a fait pour vous et pour la collectivité en empêchant que ce chef d'oeuvre inestimable quitte la France.

Bon. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a encore eu des gabegies administrativo-politiques derrière. Le Monde nous apprend en-effet que :
En décembre 2017, Marie-Claude Le Floc’h, membre de la famille propriétaire expliquait à l’Agence France-Presse : « Nous avons envisagé de la céder à un musée à la mort de ma mère, mais personne ne voulait l’acheter, ni le Louvre ni l’Etat. On a finalement décidé de la mettre en vente fin 2014 en demandant une autorisation de sortie du territoire [ce que le ministère de la culture a refusé]. »
Bizarre non ?
Le particulier qui aura fracturé le véhicule du tiers tombe donc sous le coup de la loi.
[...]
En mars dernier, l’État de Floride a légiféré comme dans le Tennessee pour autoriser les particulier à dégrader une voiture afin de sauver un animal. Cette loi, qui est entrée en application en août 2016, devrait inspirer le législateur français selon l'avocat Eric de Caumont. "Les Américains montrent ici qu'ils sont en avance sur nous, lance-t-il. Ils codifient dans le droit ce qu'un tribunal rendrait comme jugement. Je serais ravi que des députés français proposent un texte qui aille dans ce sens".
En France, si vous brisez la vitre d'une bagnole pour secourir un chien [qui a dit "ou un bébé" ? Le cas s'est hélas déjà produit. Oui, l'enfant est mort. Oups. J'ai gâché votre bel après-midi ensoleillé], vous êtes passible d'une amende. (bon, faut pas pousser mémée dans les orties : le propriétaire de l'animal sera vraisemblablement aussi condamné pour sévices ; je ne sais pas laquelle des deux amendes est la plus lourde et OSEF).
Aux USA, dans deux Etats au moins, le législateur a considéré ce geste comme normal.
Pourquoi ça me fait rire (jaune) ? Parce qu'à ma connaissance, c'est en France, et pas aux Etats-Unis, que le législateur, dans un grand élan d'amour pour les animaux, a voté ce grand moment de LOL comme quoi les animaux sont des êtres "doués de sensibilité". Je dis grand moment de LOL, car je l'avais écrit à l'époque, ces grandes déclarations de principe NE SERVENT A RIEN. Ce qui compte, ce sont les actes, le droit positif.
Et que dit le droit en France ?
Dans sa décision, le Conseil d’État rappelle «qu’il appartient aux autorités chargées de la police administrative de prendre toute mesure pour prévenir une atteinte à l’ordre public» et que leur décision doit s’apprécier «en tenant compte du caractère suffisamment certain et de l’imminence de la commission» d’infractions pénales.
«Pour apprécier la nécessité d’interdire un spectacle, cette autorité peut tenir compte d’éléments tels que l’existence de condamnations pénales antérieures sanctionnant des propos identiques à ceux susceptibles d’être tenus à l’occasion de nouvelles représentations de ce spectacle», soulignent notamment les juges.
Intéressant. Le CE est-il en train de revenir sur la jurisprudence bientôt séculaire "Benjamin" (1933) par laquelle il consacrait la liberté de réunion, et notamment le principe de proportionnalité à respecter dans les décisions de police administrative ?
Il faudrait avoir un peu plus sous la main que quelques lignes dans un article de presse, mais je trouve les considérant "prendre tuote mesure" et " tenir compte d’éléments tels que l’existence de condamnations pénales antérieures" assez inquiétant. On peut a minima y voir un durcissement de la position du Conseil sur les questions relatives aux risques de troubles à l'ordre public, où la balance pencherait désormais davantage vers une "prévention répressive" (oui, je sais, cette formulation est juridiquement incorrecte) que vers la protection des libertés publiques... ce qui est assez raccord avec l'air du temps. Hélas.
Je suis tombé sur ce compte Twitter il y a quelque jours (le pire, c'est que sans doute depuis Mastodon), et je ne résiste pas à l'envie de vous en partager des morceaux.
Ah, sinon : c'est de l'humour pas drôle de juristes. Ca vous changera des blagues de développeurs :p
- Tu peux condamner la France une fois mais pas 15
Tu peux condamner la France 2 fois mais pas 15..
Tu peux condamner la France 3 fois mais pas 15 ..
Tu peux condamner la France 4 fois mais pas 15 .. ...
Ah si tu peux
https://twitter.com/DroitMeme/status/987046696965345282« Un étudiant qui se trompe, c'est une erreur. Un chargé de TD qui se trompe, c'est un point de vue. Un professeur qui se trompe, c'est une théorie. »
https://twitter.com/DroitMeme/status/1001177542957682688Signification des couleurs de la Cour de cassation
https://twitter.com/DroitMeme/status/999308788174901248
- Raaa on est perdu donne moi le plan
- Alors I) La Constitution du 4 octobre 1958 : la rationalisation du parlementarisme et en a) les prémices de ..
- Putain mais tu racontes quoi ?
- déso l'habitude. Demi-tour au rond point
https://twitter.com/DroitMeme/status/993198297664782341
@NBelloubet sur @franceinter : "Je confirme que l'usage de stupéfiants restera un délit, je confirme que ce délit sera sanctionné par une contravention" 😳 ReviseTonCodePenal
Je suis effaré. Point n'est besoin d'avoir fait 15 ans de droit pour savoir ça hein.
Cette phrase est doublement STUPIDE :
Alors de deux choses l'une : soit l'usage de stupéfiant devient une contravention et le contrevenant paie une amende (inférieure à 3750 €, cf. ci-dessus), soit il reste un délit et la sanction reste la même (3750 € d'amende et/ou 1 an de prison, aménagement de la peine en fonction de la gravité des faits, de la personnalité du prévenu, tout ça...)2 ; soit, et ce n'est pas à exclure, cela reste un délit mais on alourdit les peines encourues, genre Philippines...
Quand on sait que l'autrice de cette absurdité est Ministre de la justice, professeure de droit et ancienne membre du Conseil Constitutionnel, ça fait peur.
C'est à se demander si elle ne sait pas très bien de quoi elle parle en fait : dire que la drogue çaymal, et laisser entendre que l'on en consomme soi-même... quelle tristesse.
via Maitre_Eolas sur Mastodon
@Maitre_Eolas sur Twitter, via Riff sur Mastodon :
Ce qui compte, c'est ce que dit la loi. Et oui, la loi sanctionne quiconque entre dans un lycée sans être élève ou prof. On vous a vendu un texte pour défendre vos enfants, on l'utilise pour poursuivre pénalement vos enfants, pour les ficher, pour les priver de liberté 48h.
Et ça vaut pour TOUS LES TEXTES. Y compris ceux que depuis 2012 on vous vend au nom de la lutte contre le terrorisme. Regardez le texte sur l'accès aux téléphone chiffrés. Voté par une loi antiterroriste, jamais utilisée dans un dossier terroriste, on le sort pour du droit commun
Maintenant, réfléchissez à cela : on a sorti le droit de l'état d'urgence pour le placer dans le droit commun. Ces mesures sont applicables même en dehors des cas de terrorisme. Vous vous sentez toujours à l'abri sous prétexte que vous n'avez rien à vous reprocher? Vous avez tort
Désormais, vous ne pouvez vous sentir à l'abri que si le gouvernement n'a rien à vous reprocher. Vous comprenez pourquoi les avocats gueulaient, à l'époque. Mais on nous a traité de droitdelhommistes angéliques et c'est passé.
Bon appétit, chers compatriotes. Dégustez bien la soupe amère que vous avez laissé concocter. Et le jour où ce sera votre tour, gardez le silence. Vous l'avez fort bien fait jusqu'ici.
Si vous n'avez pas une boule dans la gorge, c'est que vous avez lu trop vite (ou que vous êtes cons, et là, franchement, je vous envie. Bienheureux les pauvres d'esprit comme disait l'Autre).
Ce que dit Eolas dans ces quelques lignes, c'est EXACTEMENT ce que j'ai entendu pas plus tard qu'hier dans le podcast d'août 2017 de La grande table (France culture) où l'invité était Me Sureau,
avocat au conseil d’Etat et à la cour de cassation, représentant de la LDH [...] Auteur de « Pour la liberté » aux éditions Tallandier.
Le livre reprend ses plaidoiries en QPC devant le Conseil Constitutionnel :
Face à la menace djihadiste, la tentation est grande pour le pouvoir de piétiner les libertés fondamentales. Comme avocat représentant la Ligue des droits de l’homme, François Sureau a plaidé à trois reprises devant le Conseil constitutionnel la non-conformité à notre Constitution de dispositions législatives relatives à l’état d’urgence : la première pénalisait la consultation de sites terroristes, la seconde créait un « délit d’entreprise individuelle terroriste », la troisième entravait la liberté d’aller et venir.
À trois reprises, il a gagné.
(Extrait du site des éditions Tallandier)
Il a gagné ? On a perdu quand même. Parce que ce qu'il craignait dans ses plaidoiries et qu'il avait admirablement résumé à l'antenne est en train de se réaliser : toutes ces lois exorbitantes du droit commun, que l'on vote depuis l e début des années 2000, avec un affolement, un emballement hallucinant en France depuis 2015, elles ne disent pas expréssement qu'elles visent les "terroristes islamistes" (comme d'autres lois du début du siècle dernier visaient expréssement les anarchistes radicaux) ; non, ces lois s'appliquent à tout le monde.
Ecoutez cette émission, ça m'évitera de redire en moins bien ce qu'il expose de manière absolument parfaite en quelques dizaines de minutes. Même les contradictions des journalistes sont intéressantes, en ce qu'elles lui permettent de préciser son propos avec des cas concrets.
Ecoutez. Ecoutez bien.
Et tirez-en les conclusions qui s'imposent.
D’abord pour les droits de celles et ceux qui ont des droits, et ensuite de la fermeté pour ceux qui n’en ont aucun.
Richard Ferrand – 03.04.18 – Public Sénat – source
Pour le président du groupe parlementaire REM à l'Assemblée Nationale, il existe donc des personnes qui n'ont aucun droit. Lire ça, à une époque où l'on commence à admettre que les animaux ont des droits, ça fait tout chose.
Je n'ai pas pu voir la vidéo, mais je suis obligé d'admettre que c'est vrai (plus rien ne m'étonne venant de ces gens)
A rapprocher de l'audition du défenseur des droits (Jacques Toubon, ce dangereux gauchiste), quelques jours plus tard :
"Il n'y a pas de caricature à proclamer les droits fondamentaux ! Si les droits fondamentaux sont caricaturaux, à ce moment-là il y a un problème."
Je pose ça là parce que je le vois tourner depuis le début de la semaine. Pas tout lu. Une question me taraude : si ces avocats étaient à ce point persuadés de l'illégalité des expulsions, pourquoi n'ont-ils pas déposés un référé suspension devant le Conseil d'Eta pour faire cesser cette décision illégale de l'Administration ? Parce qu'une LR avec AR, c'est bien gentil, mais on s'en tamponne un peu quoi... Ca appelle juste un zoli courrier du genre "Nous avons pris connaissance de votre courrier du tant, cependant blablabla..."
Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé une relaxe quasi générale dans l’affaire dite de Tarnac.
Jour de fête.
Je viens de tomber là dessus ; pas tout frais (2015) mais sans doute encore d'actualité. A lire quand j'aurai le temps.
Autant la vegane que l'ex FI (merci LLM pour le lien : https://www.20minutes.fr/politique/2244499-20180327-ex-candidat-france-insoumise-salue-mort-arnaud-beltrame-tweets-interpelle), c'est vraiment n'importe quoi.
"Apologie du terrorisme", en cette fin de décennie, c'est comme "pédophile" jusqu'à Outreau environ : l'arme absolue pour tuer judiciairement quelqu'un. Je croyais que ça se calmerait après la frénésie de début 2015 (où les condamnations pleuvaient, et souvent pour pas grand chose), j'avais tort.
La situation est encore plus grave et pourrie que je ne le pensais.
J'en profite pour lier ce texte de @Triss (Mastodon) :
http://www.zdnet.fr/blogs/zapping-decrypte/le-curieux-glissement-de-la-justice-vers-la-morale-39866172.htm
Afin d’éviter tout psychodrame inutile, disons d’entrée de jeu que les propos tenus par ces deux personnes sont abjects et cela n’appelle pas à discussion. Pour autant, doit-on systématiquement traîner devant les tribunaux des personnes parce qu’elles disent des âneries, n’engageant qu’elles ? On voit régulièrement fleurir sur les réseaux sociaux, un nombre considérable de propos très malveillants et orduriers, mais tous ne donnent pas lieu à des poursuites, ni même à des suspensions de comptes sur les réseaux sociaux. Si on s’amuse à comparer avec les appels aux meurtres et au harcèlement dont sont victimes certaines femmes, parce que féministes, il y a de quoi s’interroger, surtout quand ces appels se matérialisent par des faits très concrets.
Seul garde-fou pour les personnes prises dans les rets du ministère de l’Intérieur : une personnalité qualifiée de la CNIL, chargée de contrôler la régularité des coups de sécateur. En l’espèce, Alexandre Linden, conseiller honoraire à la Cour de cassation. Et parfois, le blocage coince.
[...]
Dans chacun de ces quatre cas, Alexandre Linden déploie le même argumentaire pour contester la mesure de blocage (et saisir le juge administratif) :
“J’observe que [la qualification d’actes de terrorisme] n’est pas retenue par les autorités judiciaires, le parquet antiterroriste de Paris ne s’étant pas saisi [...] Dans ces conditions, je considère que les demandes de retrait et de déréférencement en cause ne sont pas justifiées”.
Qui décide de ce qu’est le terrorisme ?Réponse du tac-au-tac de Stéphane Fratacci, directeur de cabinet de Gérard Collomb et ancien de chez Brice Hortefeux, dans un courrier daté du 8 février dernier : la décision administrative n’est pas subordonnée “à une qualification pénale retenue par l’autorité judiciaire”. Selon lui, “les publications incriminées revendiquent bien des actes commis avec l’intention de “troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur”, en l’espèce à l’encontre des forces de sécurité intérieure”. En résumé, le juge judiciaire est prié de rester à l’écart de ce qui ne le regarde pas.
C'est terrifiant : un organe administratif, sans aucun contrôle du juge, que l'on prie d'ailleurs gentiment de regarder ailleurs, bloque n'importe quel site sur sa simple appréciation.
Ces documents, obtenus par Julien Rabier, alias Taziden, fournisseur d’accès associatif et militant des libertés numériques, montrent bien l’opacité de cet itinéraire bis, qui privilégie toujours la ligne droite et n'aime pas trop les ralentissements. Sa toxicité aussi : sur Télérama, je pourrais recopier un lien identifié par l’OCLCTIC sans craindre de représailles (c’est un bon test) ; après tout, l’un des textes publiés sur Indymedia a été repris tel quel par le Dauphiné Libéré. Mais quid d’un blogueur anonyme ou d’un petit média associatif ? Maintenant que l’apologie du terrorisme relève du droit commun - et plus de la loi de 1881 sur la liberté de la presse -, qui décide de ce qu’est le terrorisme : un juge ou un flic ?
Même si ce n'est pas nouveau, de plus en plus, l'étiquette "terrorisme" est un outil bien commode de répression policière. On court à la catastrophe, réveillez-vous.
Présentation du projet :
Les Surligneurs (ISSN 2555-5987) est un projet soutenu par le centre de recherches en droit public Versailles Institutions Publiques (VIP), sans qui le site ne pourrait exister. Lancé en janvier 2017, le site est le résultat d’un double constat.
Le premier : la diffusion, volontaire ou non, d’approximations voire d’erreurs juridiques par des personnalités publiques affaiblit sans conteste la qualité du débat démocratique. La multiplication d’entreprises de vérification de faits (« fact checking ») à l’initiative de médias ne permet malheureusement pas d’enrayer cette tendance à ce que certains nomment désormais la « politique post-vérité ».
Le second : les chercheurs en droit sont peu présents dans le débat public, comme l’a montré le professeur Lauréline Fontaine. Or, les chercheurs de l’université bénéficient d’un crédit qui peut être utilement mis au service du débat public.
Les Surligneurs ont donc vocation à permettre à des universitaires de se prononcer sur les propos tenus par des personnalités publiques. Les Surligneurs ne sont cependant ni des correcteurs, ni des censeurs. L’objet des contributions est de préciser, affiner, éclairer, parfois contredire un propos touchant au droit. Du legal checking, en somme.
Joachim Savin a travaillé gracieusement pendant plusieurs mois sur le concept et le design du site internet. Qu’il soit chaleureusement remercié pour sa contribution. Le site a été développé par Mattieu Moreau Domecq. Ils peuvent être contactés via la page Contact.
Vous avez lu ou entendu une aberration juridique ? Faites-le nous savoir ! Vous êtes membre d’un centre de recherche en droit et vous voulez proposer une contribution ? Écrivez-nous !
Ca me rappelle un peu le regretté prix Busiris de Me Eolas. Encore un qui passe trop de temps sur Twitter.
via http://shaarli.guiguishow.info/?Q7GnKg
Au fait : donnez-leur des sous !
Selon une note de la police parisienne, les agents ne peuvent s’opposer à l’enregistrement et à la diffusion d’images d’eux lorsqu’ils sont en service, qu’ils soient en uniforme ou en civil. Ils ne peuvent pas « interpeller des journalistes ou des particuliers effectuant des enregistrements dans les lieux publics ou ouverts au public, ni leur retirer leurs appareils ou détruire les prises de vue effectuées ».
Bien sûr. Mais quand on sait que lors de la contestation judiciaire qui peut s'en suivre, la parole du policier pèsera plus lourd que celle du prévenu pour outrage, on fait quoi ? Et si le policier te casse la gueule (aidé de quelques collègues, on n'est jamais trop prudent) avant de détruire ton matériel (et de te signifier ta GAV pour outrage et rébellion parce qu'il s'est cassé un ongle - 8 jours d'ITT), on fait quoi ?
C'est bien beau d'avoir des droits, des garanties, des protections juridiques. Encore faut-il avoir la garantie de pouvoir les mettre en oeuvre face à l'arbitraire étatique le moment venu.
Plusieurs sites de presse comme Rue89 ou Slate se sont faits aujourd’hui l’écho d’une nouvelle que j’ai trouvée particulièrement glaçante : Barack Obama a promulgué la semaine dernière une loi (HR 2262) qui va autoriser des compagnies privées à s’approprier les ressources naturelles figurant dans l’espace extra-atmosphérique.
La portée de ce texte est potentiellement énorme et peut-être que dans un siècle, on citera encore la date de son adoption comme un des événements majeurs de l’histoire de l’Humanité. Car on peut considérer ce 25 novembre 2015 comme le jour où l’espace cessa d’être un bien commun, par l’effet d’une décision unilatérale des Etats-Unis d’Amérique.
Pas tout neuf (2015), mais dans la mesure où cette décision produra ses effets dans 50 ou 100 ans...
via Riff sur (°m
Un cours complet de droit de la propriété des personnes publiques en ligne.
Au-delà des faits, c’est le comportement du ministère public qui est dénoncé par l’avocate de Canitrot, maître Irène Terrel. Un parquet «politique», tout acquis aux accusations du Medef, se satisfaisant d’une première enquête manifestement bâclée, et s’acharnant tout au long de la procédure contre Loïc Canitrot.
Canitrot, satisfait, s’inquiète maintenant de tous ceux qui ont été poursuivis suite au mouvement de 2016 contre la loi travail. «Pour moi, la relaxe s’est avérée évidente. Mais quid des centaines d’autres militants, de tous ceux qui n’ont pas le soutien dont j’ai bénéficié ? Comment s’en sortir seul face à des accusations fictives ?» Il ne veut pas non plus que l’affaire s’arrête là, et a porté de nouveau plainte contre le Medef, pour violence, mais aussi dénonciation calomnieuse.
Alors dire "justice aux ordres" serait calomnieux, mais je comprends que ça résume l'idée. C'est plutôt "Parquet aux ordresé, sans oublier "ouf, je suis tombé sur une juge qui fait son boulot".
Mais comme le fait remarquer le principal intéressé : quid des autres qui n'auront pas sa chance ?
Le Conseil Constitutionnel vient de head shooter le "délit de consultation habituelle de consultation de site terroriste", qu'il avait déjà censuré une première fois, mais que les abru... corr... petits malins qui nous gouvernent avaient réintroduits en douce dans le Code pénal.
via Alexandre Archambault sur (°m
Je recopie les passages qu'il met en exergue, parce que la beauté se doit d'être partagée :
Aux termes de l'article 11 de la Déclaration de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». En l'état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l'expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d'accéder à ces services.
Aux termes de l'article 34 de la Constitution : « La loi fixe les règles concernant ... les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ». Sur ce fondement, il est loisible au législateur d'édicter des règles de nature à concilier la poursuite de l'objectif de lutte contre l'incitation et la provocation au terrorisme sur les services de communication au public en ligne, qui participe de l'objectif de valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public et de prévention des infractions, avec l'exercice du droit de libre communication et de la liberté de parler, écrire et imprimer. Toutefois, la liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. Les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi.
Dès lors, au regard de l'exigence de nécessité de l'atteinte portée à la liberté de communication, les autorités administrative et judiciaire disposent, indépendamment de l'article contesté, de nombreuses prérogatives, non seulement pour contrôler les services de communication au public en ligne provoquant au terrorisme ou en faisant l'apologie et réprimer leurs auteurs, mais aussi pour surveiller une personne consultant ces services et pour l'interpeller et la sanctionner lorsque cette consultation s'accompagne d'un comportement révélant une intention terroriste, avant même que ce projet soit entré dans sa phase d'exécution.
- En second lieu, s'agissant des exigences d'adaptation et de proportionnalité requises en matière d'atteinte à la liberté de communication, les dispositions contestées n'imposent pas que l'auteur de la consultation habituelle des services de communication au public en ligne concernés ait la volonté de commettre des actes terroristes. Si le législateur a ajouté à la consultation, comme élément constitutif de l'infraction, la manifestation de l'adhésion à l'idéologie exprimée sur ces services, cette consultation et cette manifestation ne sont pas susceptibles d'établir à elles seules l'existence d'une volonté de commettre des actes terroristes. Les dispositions contestées répriment donc d'une peine de deux ans d'emprisonnement le seul fait de consulter à plusieurs reprises un service de communication au public en ligne, sans que soit retenue l'intention terroriste de l'auteur de la consultation comme élément constitutif de l'infraction.