Foule sentimentale | Grise Bouille
Un excellent -et un peu morose, forcément- article de Gee sur "l'économie des services".
> La croissance des services nécessite quant à elle que chaque minute de nos vies soit monétisée, et si possible en parallèle : elle nécessite que nous twittions, tout en regardant une émission de télé, tout en commandant sur Deliveroo, avec dans chaque recoin la verrue publicitaire pour entretenir le mouvement ; elle nécessite l’apparition de boutons pour visionner des vidéos en accéléré, car il n’y a plus assez d’heures disponibles dans une journée pour regarder toutes celles qu’on vous propose à vitesse normale ; elle nécessite, de manière générale, que tout s’accèlère, que tout passe vite pour qu’une consommation en suive une autre avec le moins de délai possible parce que, plus que jamais, le temps, c’est de l’argent. Notre temps, c’est leur argent. Et vous y trompez pas, les barrières de l’acceptable tomberont une à une à mesure que se réduiront les marges de manœuvre pour continuer à croître. **Il faut que nous dormions moins, que nous organisions toute activité sociale autour de la consommation**, l’apothéose étant atteinte avec les centre commerciaux géants qui poussent comme des champignons, véritables temples érigés à la gloire de la consommation comme fin en soi.
J'ai une théorie assez paranoïaque à ce sujet : à votre avis, pourquoi la fameuse "première partie de soirée" à la téloche commence-t-elle de plus en plus tard ? Quand j'étais gamin, le film du samedi soir commençait à 20h50 ; aujourd'hui, ta série ne commencera pas avant 21h10, voire 15. Avec au moins 2 tunnels pub de 15 minutes par épisode. Résultat : 3 épisodes de 43 minutes, ça t'amène jusqu'à 23h40. Je considère que c'est un réel problème sanitaire... et tout le monde s'en fout.
> **Le réflexe de survie dans un tel monde : quel que soit ce qu’on me propose, la réponse est non par défaut.** Non à tout, même à ce qui m’intéressent potentiellement : si ça m’intéresse, c’est non, puis je recherche sur le net à tête reposée, pour voir si éventuellement c’est oui. Et c’est rarement le cas. Les rares fois où j’ai dérogé à cette règle, je l’ai regretté. Parce que c’est bien la dernière façon dont peut espérer croître l’économie du service : en tablant sur la pulsion, sur l’absence de réflexion, bref sur le consentement le moins éclairé possible.
Bref, on nous prenait déjà pour des cons, on est en plus des vaches à lait *et en même temps* des moutons à tondre.
Je ne peux que donner raison à Gee dans ses conclusions.
via Seb
2020-02-13 - permalink -
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