Toutes les violences sexuelles sont adossées à des formes culturelles. Deux sont bien identifiées : la culture du viol et la culture de l’inceste. Le troisième corpus que je propose, cette culture du féminicide, est la pièce manquante qui vient verrouiller le système des violences sexuelles.
Il m’a semblé nécessaire d’inventer cette notion pour penser des choses qu’on ne voyait pas, ou plus. Ainsi, la culture du féminicide désigne l’ensemble des représentations, des idéologies et des stéréotypes qui racontent et justifient les meurtres de femmes. C’est-à-dire leurs motifs, au double sens du terme : pourquoi on tue les femmes, et comment.
La culture du féminicide se décline à travers de nombreuses formes, savantes ou populaires. Celles-ci vont de la poésie à la série télé, en passant par la peinture, l’opéra, le music-hall, la chanson et le polar. Mais il est crucial de distinguer le féminicide symbolique de sa représentation réaliste.
La scène de la douche dans [le film] Psychose est réaliste. A côté de cela se trouve un autre continent, celui des féminicides symboliques, composé des métaphores et allégories qui signifient le meurtre d’une femme. Un exemple entre cent : le tour de magie de la «femme sciée en deux», qui fait florès à partir du XIXe siècle.
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Cependant, on n’observe pas cette fascination sexo-reproductive pour le corps des hommes. Et puis, il y a d’autres scénarios qui relèvent de la culture du féminicide, comme l’érotisation de la défunte, du corps inanimé, qui n’existe pas davantage vis-à-vis du masculin.
Le fantasme nécrophile, qu’on retrouve chez Edgar Allan Poe, débouche sur l’affaire Pelicot. Les viols de Mazan relèvent de la culture du féminicide, et cela, à mon avis, n’a pas été suffisamment noté.
Extrait de "La lettre pour tous·tes" (Mediapart) du 03/04/2025
« Cantat parle. » Le 23 octobre 2013, les Inrockuptibles inondent les kiosques d'un numéro spécial avec une grande photo en Une, barrée de ces deux mots. Je venais tout juste de débuter mon premier stage de journalisme dans ce magazine culturel très en vogue.
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Beaucoup ont oublié cette première couverture. C'est celle imprimée quatre ans plus tard qui a provoqué la plus grosse levée de boucliers. Une nouvelle « interview fleuve » du chanteur meurtrier qui, cette fois en 2017, ne passe plus, alors que les États-Unis sont secoués par l'affaire Weinstein et que le mouvement #MeToo se propage en France.
C'est cette bascule et cette prise de conscience que documente en trois épisodes la mini-série De rockstar à tueur : le cas Cantat, sortie sur Netflix le 27 mars 2025, et déjà dans le top des programmes les plus visionnées en France.
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Le travail d'archives appuie là où ça fait mal, en puisant dans nos proches souvenirs. Il fait le même effet que Shame on You, le podcast des journalistes Anne-Cécile Genre et Marine Pradel, qui sont revenues en 2023 sur le traitement de l'affaire DSK, accusé en 2011 d'avoir violé Nafissatou Diallo dans un hôtel Sofitel. Il donne la même nausée, à constater ce que l'on se permettait à l'époque, ce que les médias mettaient en avant (les risques encourus par ces hommes dans la tourmente) et ce qui était minimisé (la souffrance des femmes).
On estime qu’entre 6 000 et 7 000 femmes meurent chaque année en Russie, sous les coups de leurs conjoints.
via Seb
Oh. Je vois que la République se mobilise : deux vieux hommes blancs ont dévoilé une plaque en mémoire des femmes victimes de la violence des hommes. Ah ça va trembler dans les calbutes là, c'est sûr.
Au 12 novembre, 131 femmes ont été tuées en France par leur conjoint depuis janvier. Une tous les deux jours.
J'aime bien la revue de presse de France Culture, on y lit des trucs que les autres médias passent volontiers sous silence, ou rangent complaisamment dans les brèves "insolites", entre la dernière défaite du Stade français et choupette tombée dans une bouche d'égout.
Deux informations essentielles ce jour, donc :
1/ La contestation à Hong-Kong vire à l'insurrection : (n'en déplaise à ceux qui pensaient que c'était terminé)
"Nous sommes en guerre", disent les mêmes manifestants au Washington Post dont la reporter Shibani Mathani a suivi tout particulièrement six jeunes hong-kongais, un groupe d'amis passés experts en confection de cocktails molotov. Ce qui intéresse la journaliste, c'est que ces six-là ne sont pas des étudiants mais des "cols blancs, avec des emplois stables et plutôt enviables" dans des tours de bureaux. Ils expliquent avoir rejoint la contestation à force d'attachement aux idées démocratiques (à commencer par cette idée simple de pouvoir élire eux-mêmes ceux qui les dirigent) et à force d'indignation face à l'ampleur des violences policières.
2/ Patriarcat et féminicides en Russie :
La presse russe, depuis samedi, n'utilise pas le mot "féminicide", comme nous le ferions ici, pour décrire le meurtre de sa victime Anastasya Echtchenko. Elle y préfère des gros titres plus complaisants, faciles, comme celui d'Argumenty y Fakty qui explique que "Napoléon a avoué le meurtre de sa Joséphine". Mais il y a tout de même, avec les jours qui passent et les langues qui se délient, quelque chose d'une prise de consience qui s'ébauche sur les violences conjugales (qui sont un problème massif en Russie) et sur l'emprise qu'un vieux mâle tout-puissant peut exercer en toute impunité dans une institution, l'université russe, qui selon le site d'info Meduza avait connaissance depuis des années des "relations" que Sokolov entretenait avec plusieurs de ses étudiantes... pour ne pas parler de comportements de prédateur sexuels et de "tyran cruel", tel que les décrit l'agence nationale d'information RIA.
Alors, si on récapitule, depuis 2000 nous avons :
Vu l'ampleur des moyens mobilisés et le nombre et la durée des atteintes aux libertés individuelles commis au nom de la "lutte contre le terrorisme", j'ai bon espoir de voir arriver d'ici peu :
Ou pas.
Moi qui ne regarde pour ainsi dire jamais la télévision, j'ai regardé ce reportage hier soir. Ben j'aurais pu m'abstenir, ça n'apportait pas grand chose : c'est un peu creux.
A aucun moment on ne s'interroge sur les origines de cette violence, on ne parle que des moyens de répression, à la rigueur des tentatives de "réhabilitation" de ces animaux décérébrés, mais jamais d'éducation, jamais de rôles genrés, jamais des représentations de la femme dans la société... A aucun moment il n'a été fait la relation entre "ahlala, les féministes, els exgèrent" et les hommes qui "remettent à sa place" (ce sont les mots employés par une de ces raclures) la femme qui est "sorti de son rôle".
Des points positifs tout de même :
Rien d'étonnant, quand on sait que c'est au Mexique que l'on a inventé le néologisme de "féminicide"... Article en accès restreint, j'aimerais bien en lire plus :/