Je livre ceci à votre réflexion.
Martin Vidberg vient de publier deux notes de blog http://vidberg.blog.lemonde.fr/2014/11/05/la-pause/ et http://vidberg.blog.lemonde.fr/2014/11/06/masculin-feminin/#xtor=RSS-32280322 où il illustre bien l’ambigüité qu'il y a à passer certains mots aux féminins dans la langue française. Mais il est dommage qu'il se limite aux interjections, gros mots et insultes.
Il y a... quelques années, une prof nous avait incité à réfléchir -en tout cas moi, ça m'avait fait réfléchir- sur le côté presque automatiquement péjoratif du féminin dans de nombreuses circonstances. Aspect péjoratif tant pas dû à la langue qu'aux mentalités et aux usages. Je vais vous donner quelques exemples :
EDIT : liste rallongée.
J'avoue être plutôt du genre taliban prohibant le "Mr". Pour moi c'est "M." pour monsieur et "Mme" pour madame. Et si vous avez un doute, écrivez-le en entier...
Merci ! J'ai failli mettre dans mon shaare que j'avais vu un reportage sur Arte il y a plusieurs années, à propos des néologismes du IIIème Reich, mais comme je ne me souvenais plus précisément de quoi il retournait, je me suis abstenu.
Il s'agit donc de Victor Klemperer, et du livre Lingua Tertii Imperii. https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Klemperer#Lingua_Tertii_Imperii.2C_la_langue_du_Troisi.C3.A8me_Reich
"Yes I suppose it's odd that atheists sometimes say Jesus, and Oh My God. But odder than the religious saying "let's be reasonable"?"
:D
En ce qui me concerne, j'évite le plus possible de d'employer des expressions telles que mon dieu, dieu seul le sait, si dieu le veut, qu'est ce qu'on a fait au bon dieu... mais la langue étant ce qu'elle est, on se retrouve à employer des termes associés à la religion ou tirés de la Bible sans même s'en rendre compte.
J'ai été assez surpris, en lisant Sodome et Gomorrhe, de trouver à au moins deux reprises l'expression "téléphonage" (pour "coup de fil", qui n'est pas beaucoup mieux, mais mieux compris d'un lecteur du XXIème siècle... alors que la plupart de nos téléphones n'en ont plus, de fil... intéressant ça). L'expression ne semble même pas être une création de Proust, mais un néologisme de l'époque, pour désigner le fait de recevoir un appel téléphonique, événement plutôt rare et invention hyper moderne en ce temps là...
J'ai même retrouvé l'un des passages en question, c'est quand même cool le web : (https://fr.wiktionary.org/wiki/t%C3%A9l%C3%A9phonage)
"Le surlendemain, le fameux mercredi, dans ce même petit chemin de fer que je venais de prendre à Balbec, pour aller dîner à la Raspelière, je tenais beaucoup à ne pas manquer Cottard à Graincourt-Saint-Vast où un nouveau téléphonage de Mme Verdurin m’avait dit que je le retrouverais." — (Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, in À la recherche du temps perdu, t. III, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, p. 259)
Euh... je n'ai pas compris : qu'est ce qui t'énerve ? L'article de l'Académie française, ou le fait que l'on emploie le mot "différentiel" à tort et à travers ?
via Timo
Gros +1
Autant je respecte les convictions égalitaristes de certains, autant ce type d'écriture est proprement illisible. J'avais déjà cité un lien du même genre de l'Académie française, il y a presque un an (diantre, déjà un an...) : http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?W0QPYw
Je plains sincèrement les anglais qui n'ont qu'un seul pronom, et qui doivent avoir un mal de chien à s'y retrouver dans nos complications...
via http://shaarli.warriordudimanche.net/?RiQO6Q
Merci pour le lien, c'est intéressant même si je le savais déjà (je crois que c'est Henriette Walter qui a fait un livre là dessus). Après, faudrait voir à arrêter avec cette légende urbaine des "académiciens qui tiennent tant à franciser tous les mots anglais". C'est complétement faux, et la plupart sont les premiers à savoir ce dont nous parlons, c'est à dire qu'il y a plus de mots d'origine française dans la langue anglaise que l'inverse. Toutes les commissions de francisation & co. ce sont des initiatives politiques...
EDIT : Cf. http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?4n1Lag
Faut-il dire (écrire) "Vive les vacances" ou faire l'accord et dire "Vivent les vacances" ? Eh bien... on peut dire les deux, même si la deuxième façon est beaucoup usitée.
Oh purée ! Un gros, un énorme, un mega +1 !
"Sans revenir sur les arguments qu’elle exposait en 1984 et auxquels elle reste attachée, l’Académie française déplore les dommages que l’ignorance de cette doctrine inflige à la langue française et l’illusion selon laquelle une grammaire « féminisée » renforcerait la place réelle des femmes dans la société."
[...]
"Comme l’Académie française le soulignait déjà en 1984, l’instauration progressive d’une réelle égalité entre les hommes et les femmes dans la vie politique et économique rend indispensable la préservation de dénominations collectives et neutres, donc le maintien du genre non marqué chaque fois que l’usage le permet. Le choix systématique et irréfléchi de formes féminisées établit au contraire, à l’intérieur même de la langue, une ségrégation qui va à l’encontre du but recherché."
Mais pour bien faire, je devrais recopier tout le texte. J'ai l'impression, chaque fois que je râle contre cet usage inconsidéré, de pisser dans le désert (ou de prêcher dans un violon, au choix). Mais qu'est ce que ça me chier, bordel ! (Merci Timo de m'avoir autorisé à dire des gros mots, ça soulage) Dire que certains imaginent que torturer la langue à ce point revient à faire étalage de son ouverture, de son "non-sexisme", façon "vous avez vu ? je féminise à tort et à travers donc je ne suis pas sexiste, envoyez-moi des fleurs, youhouhou"
"Créé en 2005 par le CNRS, le CNRTL fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.
Le CNRTL intègre le recensement, la documentation (métadonnées), la normalisation, l’archivage, l’enrichissement et la diffusion des ressources.
La pérennité du service et des données est garantie par l’adossement à l’UMR ATILF (CNRS – Nancy Université), le soutien du CNRS ainsi que l’intégration dans le projet d’infrastructure européenne CLARIN."
On dirait pas comme ça, mais c'est une super ressource : dictionnaires, lexiques, outils...
"Alors, faut-il interdire le tacle aux journalistes en manque d'imagination, comme l'avait un jour envisagé Michel Platini pour les footballeurs ? Ou proposer à la corporation un programme de désintoxication ? Les ressources de la langue française étant vastes, les substituts ne manquent pas et on y gagnera en nuances [...] Peut-être faudra-t-il surtout que les acteurs de la vie publique commencent par élever leur discours à un niveau d'argumentation nécessitant des comparaisons moins simplistes qu'avec un geste de footballeur."