Antisionisme et antisémitisme, le sens des mots - Soulayma MARDAM-BEY - L'Orient-Le Jour
> Historiquement, l’antisionisme consiste en l’opposition à la création d’un État juif en Palestine. Aujourd’hui, il s’agit d’une part de considérer que cet État a été fondé au détriment des Palestiniens, et, d’autre part, d’être opposé aux discriminations qu’il perpétue au nom de la préservation de son identité juive. La « destruction d’Israël » est dans les faits un non-débat que l’on agite pour ne pas aborder la question de sa politique coloniale.
> La seule partie prenante qui a suffisamment de moyens politiques et militaires pour menacer l’existence d’Israël aujourd’hui, c’est Israël. Déjà à l’époque d’Oslo, d’aucuns disaient que la solution à deux États était peut-être la moins pire de toutes, mais la plus limitée dans le temps. Aujourd’hui, la multiplication des colonies en Cisjordanie et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël visent à créer une réalité de facto sur le terrain qui justifiera demain l’impossibilité de créer un État palestinien. En fait, c’est déjà le cas. Que restera-t-il alors? Si tout va bien, un État abritant des populations aux droits inégaux, donc très moyennement démocratique. Quant à l’égalité, elle signifierait le renoncement au caractère juif de l’État…
Intéressant paradoxe.
> Des salopards, il y en a toujours eu. Mais au moins associaient-ils l’ignominie à un minimum de cohérence politique. Pierre Drieu La Rochelle, écrivain collaborationniste français, écrit par exemple dans son journal de guerre (1939-1945) : « Je meurs antisémite (respectueux des juifs sionistes) » ou encore « J’aime les races d’ailleurs chez elles ; j’aurais aimé sincèrement les juifs chez eux. » Dans la même veine, on peut aussi citer des responsables du régime de Vichy, comme Vallat, ou Tixier-Vignancour, dont l’antisémitisme n’était pas incompatible avec leur soutien au sionisme.
> Cela ne signifie évidemment pas que tous les sionistes sont antisémites. Juste que les mots ont un sens. Ainsi, quand certains associent « sionisme », « crise bancaire », « crise sociale », « crise morale », « Bruxelles » et « Macron », ils sont généralement antisémites. Pas antisionistes. Et certainement pas propalestiniens.
2019-03-11 - permalink -
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