Nous avons été voir Discours à la Nation hier soir.
C'est une grosse claque dans la gueule. C'est très drôle, mais d'un humour cynique, grinçant, qui tape là où ça fait mal. C'était parfois tellement juste que je ne pouvais pas rire : c'est une description à peine métaphorique du monde dans lequel nous vivons. Certains passages laissent un drôle de goût amer, comme une fugace envie de pleurer ; ça fait mal de se faire rappeler que l'on est à la fois victime d'un État, d'une société organisée pour pérenniser les rapports de force et les dominations (un des thèmes essentiels de la pièce), et à la fois oppresseur en tant que privilégié (l'autre thème du spec-tacle).
Car tout tourne autour de ça : la domination et les privilèges. Avec des petites histoires à peine symboliques, où se devinent, très transparentes, de multiples allusions à notre société. "Notre société", ce n'est pas la France (l'auteur est italien) : c'est la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne... en un mot l'Occident capitaliste où les dominés ont capitulé. Il est question de pluie -il pleut tout le temps dans ce pays imaginaire- et des hommes qui ont des parapluies, et de ceux qui n'en ont pas. Alors les hommes qui ont des parapluies consentent à accepter que les hommes sans parapluie s'abritent sous leur parapluie. Enfin, pas exactement sous leur parapluie, mais plutôt sous leurs pieds. Comme ça, quand l'homme qui est sous le parapluie mange du pain, ils peuvent lécher les miettes par terre. Quand il fume une cigarette, ils peuvent récupérer le mégot. Gratuitement. Et quand il baisse son pantalon pour chier, ils se prennent un peu de merde sur la gueule, mais on ne peut quand même pas tout avoir dans la vie. Et les hommes qui ont des parapluies ont aussi des fusils, pour se protéger des hommes sans parapluie qui n'ont pas pu trouver de place sous les pieds d'un homme qui a un parapluie. Et ceux ci (les hommes sans parapluie) sont très nombreux. Ils sont bien plus nombreux que les hommes qui ont un parapluie...
Il est aussi question des "camarades" qui ne croient plus en la révolution, de comment ils se sont fait... avoir par les dominants, comment ils ont ont accaparé le discours des faibles (lutte des classes etc.) pour le retourner contre eux.. Comment ils sont devenus dociles pour avoir leurs miettes, leur coin de parapluie. Comment la carotte petit salaire pour avoir une petit emprunt pour acheter une petite maison, est bien efficace que toutes les répressions. La carotte et le bâton, ça aussi ça revient souvent dans le texte.
Chaque personnage interprété par l'acteur incarne une facette différente de la farce-oppresion : le politicien, le financier, le patron... tous sans scrupules, sans remords, expliquant sans vergogne comment ils nous baisent, et comment ils comptent continuer encore longtemps. "Vous nous avez déçus... camarades ! Si nous avions su que vous étiez aussi faibles, nous vous aurions frappés moins fort"
Tout ceci est avant tout une satire, c'est drôle même si, je l'ai dit plus haut, j'ai parfois eu du mal à rire tant j'avais la gorge serrée. C'est de l'humour qui veut donner à réfléchir ou plutôt non, c'est un essai féroce qui donne de temps en temps à rire pour ne pas trop désespérer son spectateur. Il y a des passages irrésistibles, dont un directement inspiré de Swift, qui conseille de manger les immigrés, les chômeurs et les vieux, ce qui résoudrait pas mal de problèmes. Le spectacle s'achève sur le discours d'un politicien, qui répète son antienne "Citoyens, ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est MOI qui vous ai choisis" ; se terminant en apothéose avec la parabole du loup, de la chèvre et du chou revisitée : faites traverser le chou. Puis retournez chercher la chèvre. Faites la traverser. Tournez les épaules. La chèvre va bouffer le chou. Vous aurez les voix de la chèvre. Retraversez avec la chèvre, déposez la à côté du loup. Tournez les épaules... [rires dans la salle] Vous aurez les voix du loup. "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est MOI qui vous ai choisi ! Vous êtes tous des loups. etc." Et ce passage là, il fait très mal, car derrière la drôlerie, il est d'une violence extrême. Nous sommes tous des nazis en costume-cravate, nous sommes tous des loups qui préférons manger la chèvre pour rester dans la majorité.
Tout ceci est adapté d'un livre de Célestini : http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/discours-a-la-nation-ascanio-celestini-9782882503398
que l'on sent inspiré par Gramsci https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Gramsci http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/KEUCHEYAN/47970 cité dans le spectacle, dans un monologue décalé à l'intérieur du discours d'un patron (celui qui dit "camarades vous nous avez déçu")
Le comédien, David Murgia est génial http://www.liberation.fr/theatre/2015/01/04/david-murgia-reveilleur-d-ames_1173767
Quelques photos ici : http://www.tdb-cdn.com/discours-a-la-nation
Des extraits ici : https://vimeo.com/67876277 et là : https://www.youtube.com/watch?v=yfKPeqWNsjg (sans garantie, Viméo et Youtube étant bloqués par mon PALC)
Et comme vous avez eu la patience de lire jusqu'ici, vous pouvez téléchargez le podcast du spectacle sur France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-discours-a-la-nation-2015-01-18
Quoiiii ? Le FN n'est donc pas le "premier parti de France" ? On nous aurait menti ?
via Kevin http://www.mypersonnaldata.eu/shaarli/?XUdS8A
Depuis l'année 2000, les policiers ont tués plus d'américains que les terroristes islamistes. Je pense qu'il faut voter une loi dans l'urgence pour contrer cette menace, non ? Oh, wait...
via Seb
Le paracétamol "émousse" les émotions autant que la douleur ? Conseil du Dr House : essayez donc la Vicodin !
via http://sebsauvage.net/links/?4wTtgQ
"cas de violence isolé" ? Si seulement.
Je pense de plus en plus souvent à cette phrase de Coluche, dans un de ses sketchs sur la police : "maintenant quand des voyous agressent une vieille dame, ils sont obligés de lui dire N'ayez pas peur madame, on est pas des policiers !"
Tiens c'est marrant, je me disais à l'instant que mon "désespoir électoral" avait atteint son extrême limite. J'ai la conviction d'avoir été trahi -en tant que citoyen- par tous mes représentants. Je crois que la seule possibilité qu'il me reste est le vote blanc.
"Sous les barbes d’une semaine et la crasse d’une vie sans douche se cache Abasou l’enseignant, Sam l’ingénieur ou Abdelatif le banquier. Le Secours catholique, une des associations les plus présentes à Calais (Pas-de-Calais), a voulu faire savoir qui sont les 2 000 migrants stationnés dans cette ville. Les humanitaires ont mené 54 entretiens approfondis qui rappellent que 48 % des migrants appartenaient aux classes sociales supérieures de leur société d’origine, et 20 % aux classes moyennes."
Breaking new : Nicolas Sarkozy va ouvrir un Skyblog.
Eh oui, le sexisme n'est pas réservé aux hommes.
"Et en attendant, souvenez-vous que lorsque vous utilisez Internet, que ce soit pour le boulot, le perso ou le porno, il y a Bernard Cazeneuve au-dessus de votre épaule en train de vous observer."
Oh c'est beau ça. La loi n'était même pas adopté qu'on pratiquait déjà au grand jour les pratiques illégales qu'elle est doit justement légaliser, et contre de dangereux terroristes venus défendre la liberté. Grandiose.
EDIT : http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/16/devant-lassemblee-valises-espionnes-assez-preuves-258704
"Et en effet, cette histoire reflète parfaitement l’impasse dans laquelle cette logique de surveillance automatisée, invisible et massive, et aujourd’hui portée en France dans le projet de loi sur le renseignement, nous place. A savoir dans une incertitude complète. Sans qu’il soit possible de savoir si notre inquiétude vis-à-vis du respect de nos libertés relève de la vigilance légitime ou de la paranoïa excessive.
C’est le panoptique en acte : nous voilà prisonnier de cette fameuse cellule, en sachant que l’on peut être observé mais sans savoir si on l’est vraiment. Sauf, et on y revient, si un lanceur d’alerte se décide à nous révéler que nous sommes effectivement scrutés. Et comment."
Je récapitule : TOUT le monde était contre ? Bon ben on a bien fait de l'adopter alors.
Remarque : c'est logique d'y avoir pensé mais ça ne sert à rien.
Si il se trouve un type assez courageux et animé du même esprit de sacrifice que Snowden, ou du même désintérêt total -ce qui est à peu près la même chose- il fera ce qu'il pense devoir être fait, procédure ou pas.
via http://lien.shazen.fr/?0z1tAQ
Je suis tellement désolé :(
//tape amicale dans le dos//
« 1 — Le PM peut surveiller qui il veut comme i1 veut sans passer par un juge.
2 — La CNCTR est chargée de vérifier s'il n'abuse pas de ce pouvait.
3 — La CNCTR peut être saisie par une victime de la surveillance ou s'intéresser d'elle-même à un dossier.
MAIS
3a — Une victime de surveillance ne sait pas qu'elle est surveillée.
3b — 1e PM peut classer la surveillance secret-défense.
4 — Quand bien même 1a CNCTR parvient a faire son job, elle n'a qu'un pouvoir de recommandation après du PM.
5 — Si le PM s'en fout, elle ne peut alors plus que s'adresser au Conseil d’État.
6 — C'est déjà pas mal ! »