J’en reviens à «ma frère». Si le féminin est possible pour ces locutrices, c’est que l’emploi en tant qu’adresse est si répandu que «frère» n’y code plus du tout le masculin. Il s’est blanchi sémantiquement. Il ne fait qu’engager la discussion, interpeller, marquer le lien. Il peut donc être associé au possessif «ma», qui lui, code bien le genre de l’amie à qui je parle. Rémi Soulé, fondateur de l’association Néolectes, qui sur Instagram fait un travail de veille sur les nouveaux langages, raconte avoir aussi entendu, dans le genre, «frérotte» ou «frérette». Autres cas de féminisations expressives du masculin.
Pourquoi ce serait puissant, symboliquement ? Parce que c’est un cas d’appropriation du système linguistique. Je ne suis plus assujettie à la langue, je m’en empare. Dire «ma frère», c’est adapter la grammaire à mes besoins intersubjectifs expressifs. Mais cette puissance profite-t-elle à la cause féministe ? Il y a débat. D’autres étudiantes, auxquelles je demandais la semaine dernière si elles aussi disaient «ma frère», se sont énervées : «Pas du tout. Jamais entendu. Pourquoi toujours le masculin ? Pourquoi pas ma sœur ? Et la sororité dans tout ça ?»
Soudain, je me suis rappelée de moi à 13 ans. De façon assez compulsive, et visionnaire, je m’étais mise à m’exclamer en boucle «je m’en bats les couilles !» (ancêtre du «balec» actuel). Ma sœur (la vraie) préférait dire, elle «je m’en bats les ovaires». Mais à quel point le sens figuré est-il encore perçu comme masculin ? Et pourquoi toujours ce besoin d’emprunter les images du masculin pour se sentir puissante ? Une thèse sur ce sujet est en cours, celle de Jeanne François, dirigée par Gilles Siouffi, intitulée : «La «virilisation» des pratiques langagières de femmes en périphérie urbaine en France aujourd’hui».
Intéressant.
L’action de Donald Trump sur le langage a déjà commencé. Le président des États-Unis renomme des réalités géographiques et proscrit certains mots des textes officiels et des articles scientifiques. Cette action sur le langage prend racine dans les pires instincts du fascisme et dans un « capitalisme linguistique » prédateur. Que ferons-nous lorsque nous n’aurons plus de mots pour qualifier l’effroyable ?
Un article d'Olivier Ertzscheid.
Je pose ça là :)
via @tract_linguistes@sciences.re
Comment notre cerveau construit-il le langage ? Est-ce que les sons ont un lien avec le sens ? Quels sont les langages des animaux, ou des machines ? Laurent Cohen, chercheur à l’Institut du cerveau à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, répond à toutes ces questions dans un podcast pour France Culture. En six épisodes ludiques d’une dizaine de minutes chacun, le scientifique présente les liens entre notre cerveau et le langage.
Intéressant ! Il faut que je prenne le temps de l'écouter.
(via Brief.me, site auquel je viens de m'abonne)
Un thread via malauss@piaille.fr à propos du "réarmement démographique" de Macron
... qui n'apprendra rien à celleux qui, comme moi, sont persuadés que Macron a toujours été uniquement "ni de gauche" et qu'il est un train de tomber le masque vis à vis de son allégeance à l'extrême-droite.
Mais l'analyse est intéressante.
Je vois plein de gens intelligents soutenir que le mot réarmement serait un mot serait vide de sens, comme la macronie sait en produire à la pelle aidés par McKinsey, etc. Pour le coup, je suis pas du tout d'accord, et je trouve que c'est bien plus parlant que ce qu'on pense...
Un truc qu'on apprend très tôt quand on suit la politique, c'est une règle de décryptage des discours qui consiste à écouter une phrase, et se demander si qui que ce soit défendrait le contraire. Si la réponse est non, alors la phrase d'origine est bien souvent du vide.
Rétrospectivement, c'est pas le meilleur, mais j'avais donné un exemple ici : https://t.co/d54OgNrH71 https://t.co/d54OgNrH71
Comment repérer de la langue de bois : prenez le contraire, si c'est éclaté, c'est que la phrase d'origine l'est aussi. Exemple : "Cette reconstruction sera mise en œuvre par un gouvernement sans mission, et de division" : personne, jamais, nulle part.
Mais cette technique n'est pas magique. Si on l'applique systématiquement et automatiquement, à mon sens, on peut rater un truc : quelqu'un qui dit un truc vide peut quand même dire quelque chose, rien que par ce qu'il a choisi de dire... et de ne pas dire.
Quand Macron dit, par exemple, qu'il veut de l'ordre dans le pays... Personne ne dirait "je veux du désordre en France". Est-ce que pour autant, en disant qu'il veut de l'ordre, Macron n'a rien dit ? Non...
Parce que dire ça, c'est avoir fait le choix de ne pas dire d'autres choses. Par exemple, pour le même résultat, on peut dire qu'on veut de la responsabilité, de la justice, ou de la justice sociale : ces choses là évitent au moins aussi surement les violences (sans doute plus).
Du coup, revenons à réarmement, réarmer. Ce mot n'est pas neutre du tout, comme peuvent l'être des mots d'usage courant, comme renforcer, solidifier, améliorer, développer, promouvoir...
Dans réarmement, déjà, il y a re-. Ajouter re-, c'est dire qu'il faut revenir à un état passé, meilleur, qu'on a perdu.
S'armer démographiquement, c'est pondre du gamin parce qu'on est pas assez, tout court.
Se réarmer démographiquement, c'est en pondre pour revenir à quand on était forts démographiquement.
C'est évidemment totalement délirant : on est 68,37 millions et on n'a jamais été autant. https://t.co/obRhlcDar2
Même en proportion c'est délirant : entre 1980 et aujourd'hui, l'Allemagne est passée de 78 à 83 M d'habitants, le RU de 56 à 67, l'Espagne de 37 à 47, l'Italie de 56 à 59, la France de 55 à 68. Nos voisins ne nous sèment pas, bien au contraire.
"Renforcer" a aussi ce re-, et pourtant, ça porte pas un imaginaire si fort : quand on renforce, c'est qu'il y a déjà de la force, et on va juste en ajouter plus. Quand on réarme, c'est qu'il n'y a plus d'armes, et qu'il faut en redonner.
Ce qui amène à l'autre partie : dans réarmer, il y a armer. Ca porte un imaginaire qui est très loin d'être neutre, un imaginaire militaire et viriliste.
Si au lieu de parler de réarmement démographique, Macron parlait d'armement démographique, on aurait vite (ou plutôt encore plus vite) une image en tête : qu'il faut pondre des gosses, pour avoir de la chaire à canon prête pour la prochaine guerre.
S'il avait parlé de renforcement démographique, de développement démographique, on serait bien moins susceptibles d'avoir cette image en tête.
Dans mon exemple plus haut, il y avait déjà reconstruire : déjà cette idée de revenir à un état passé, plus souhaitable... mais la reconstruction, c'est la stabilité, le calme, c'est pas ce que porte le mot réarmer.
Réarmer, c'est comme régénérer : on avait un truc, mais on l'a perdu, il faut qu'on y revienne. C'est une vision d'un passé idéalisé comme glorieux, qu'on a perdu et qu'il faut retrouver, pour pas se faire bouffer.
Le passé mythique, fantasmé, d'un pays qui a été fort, mais que des années de décadence ont fait lentement descendre. C'est ça que porte ce genre de vocabulaire. Et c'est des mots qui appartiennent spécifiquement à un camp politique, qui parlent à un électorat bien particulier.
Cette forme de "c'était mieux avant", ça s'inscrit dans une tendance de plus en plus marquée dernièrement, dans la macronie en général, mais en particulier chez Macron. Ca a toujours existé chez lui, mais là ça prend un tournant de plus en plus accentué.
Ses politiques appliquées ont toujours été largement à droite, bien sûr, mais là où avant il tentait de rester dans le "en même temps", il y a depuis quelques temps une inflexion qui percole maintenant jusque dans le discursif.
Tout aussi malhonnête que c'était dans les faits, parler de "en même temps", de "dépasser les clivages", etc, ça portait une autre image : complexité de la pensée, modernité, tout ça. Ca regardait vers l'avant, vers le futur, ou en tout cas, ça prétendait.
Maintenant on est dans un truc qui fantasme bien plus le passé que l'avenir : le retour du service militaire, le "retour" de l'uniforme, la fermeture des frontières, la préférence nationale, la chasse à l'étranger, au fainéant, aux fraudeurs (qu'on sait être toujours les mêmes)…
A quoi sert l’Académie ? Principalement à tenir le discours réactionnaire, à entériner l'idée que c'est à une institution franco-française de régenter tout le discours sur la langue sur l'ensemble de la francophonie et globalement à dire que tout fout le camp et à n’accepter l'évolution de la langue que 50 ans après.
Au passage je découvre le podcast de Laélia Veron : https://www.binge.audio/podcast/parler-comme-jamais
AMesure vous offre la possibilité d'analyser directement un texte administratif et d'en évaluer le niveau de difficulté à la lecture sur une échelle à cinq niveaux.
Et ça marche super bien. Testez, vous verrez.
Une belle animation sur les clichés dans les journaux.
Cela n'explique pas pour autant la défaillance policière, au sujet de laquelle toutes les explications restent ouvertes. Problème de stratégie ? Elle avait pourtant été révisée en décembre, justement pour éviter pillages et incendies. D'effectifs ? Non, selon Nunez. De simple fatigue policière ? La question n'est pas posée. Démoralisation, alors ? A en croire Nunez, la police, samedi, a fait preuve de "retenue" dans l'emploi des LBD. ""Sur consigne ?"" demande Martichoux. Non. Pas de consigne. Alors ? Manque de munitions ? Problème d'approvisionnement ? Scrupule soudain ? Dufresnisation de la police ? Ou bien ce pouvoir a désormais un sérieux problème policier, ou bien il a laissé intentionnellement brûler le Fouquet's, pour impressionner une supposée majorité silencieuse. En fonction du théorème de base, selon lequel il y a toujours davantage d'inefficacité que de complots, la première hypothèse semble la plus probable. Quoi qu'il en soit, ""toute la chaîne de commandement va être examinée"" languedeboiïse Nunez. ""Jusqu'à la préfecture de police ?"" demande Martichoux. Mais pourquoi pas jusqu'au ministère, ou jusqu'aux pistes de ski de La Mongie ?
Mouah ah ah . J'adore.
Mais ça, c'est plus profond et plus grave, et on est pas prêts d'en sortir :
"Quand Mme Buzyn dit qu'elle supprime des lits pour améliorer la qualité des soins, quand Mme Pénicaud dit que le démantèlement du Code du travail étend les garanties des salariés, quand Mme Vidal explique l'augmentation des droits d'inscription pour les étudiants étrangers par un souci d'équité financière, quand M. Macron présente la loi sur les fake news comme un progrès de la liberté de la presse, la loi anti-casseurs comme une protection du droit de manifester, on est dans la destruction du langage et du sens même des mots."
Vous avez dit orwellien ? Je trouve cette "destruction du langage" terrifiante.
J'en suis venu à renoncer à discuter avec mes parents lorsque ce genre de sujets est abordé. C'est trop tard pour eux, ils sont complétement formatés.
J'ai commencé à lire ce livre ce matin. Il est tout à fait dans la lignée de choses que LLM a déjà pu nous expliquer, il se marie aussi très bien avec Franck Lepage ou avec Les mots sont importants. Le contexte est belge à ce qu'il me semble, mais les exemples sont -hélas- universels.
Quatrième de couverture :
Les mots importent. Dans la vie politique et syndicale, le choix des mots n'est jamais anodin. En effet, le langage n'est pas un simple outil qui reflète le réel, mais il crée également du réel en orientant les comportements et la pensée. Et vivre dans l'omission de cette évidence peut faire des ravages. Les mots portent, emportent avec eux une vision du monde, une logique politique, des signes de démarcation. Les mots classent, trient, délimitent et les fondés de langage du capital n'ont eu de cesse de décréter quels étaient les mots usés et les mots obsolètes. Si nous n'y prenons garde, nous finirons nous-mêmes par ne plus parler notre propre langue mais la leur. Cet ouvrage procède modestement à un travail systématique de traque et de déconstruction de ces pirouettes sémantiques, ces ruses de langage afin de faire le tri entre les mots qui libèrent et les mots qui oppriment. Car les mots sont des forces politiques : la reconquête idéologique sera lexicale ou ne sera pas et la bataille des mots est indissociable de la bataille des idées.
Je n'en ai lu que quelques pages, mais je suis d'emblée effrayé par la quantité d'expressions qui sont déjà passées dans le langage courant : consensus, gouvernance, grève sauvage...
N.B. : il y a une erreur sur Babelio, ce n'est pas la bonne couv' en illustration !
J'adore cette carte.
On en est quand même arrivé à un point d'accoutumance qui fait que l'on gradualise les adjectifs se rapportant aux actes terroristes : il y aurait donc les "attentats-attentats", les "vrais" qui font 350 morts, les "attentats-entre-guillemets" si l'auteur est blanc, ou si on est pas trop sûr, et les "incidents terroristes" si l'attentat n'a fait que quelques blessés, 3 mutilés et une poignée de traumatisés.
Déjà dit et déjà publié ici même, mais j'aime bien me répéter.
Les jeux de mots et l'esprit d'escalier élevés au rang des beaux-arts (par un chercheur en communication).
via Masto...
Coudifié pour étude ultérieure. Il a vraiment dit ça Valls ?
On peut penser ce qu'on veut du revenu universel, être pour ou contre, à ce niveau là, ce n'est pas le sujet ; mais caser un tel oxymore dans une affirmation aussi courte (universel // ciblé) c'est effrayant.
via http://bookmarks.ecyseo.net/?RwDy8Q
Pas mal du tout.
via Liandri
C'est intéressant de voir comment le français est expliqué aux étrangers qui l’apprennent, ça remet en perspective des choses qui nous semblent évidentes. (non, je ne reparlerai pas du masculin-pas-neutre, des termes oppressifs... même si c'est exactement la même démarche)
Du coup, j'apprends qu'un dépanneur, au Québec, c'est la boutique du coin de la rue où l'on vend des casse-croûtes :)
Salamalec vient de l'arabe ās-salām ʿalaykum, et c'est vrai qu'une fois qu'on le sait, on retrouve bien la même sonorité. J'adore :)
(1559) De l’arabe اَلسَّلَامُ عَلَيْكُم, ās-salām ʿalaykum (« (que) la paix soit avec vous »), en raison de la longue conversation phatique qui accompagne habituellement ces salutations traditionnelles.
A force de voir tourner, j'ai jeté un œil :)
Rien de très bouleversant en somme.
Juste un mot sur ça : «Amour» et «délice» sont des mots masculins au singulier mais féminins au pluriel => c'est aussi le cas pour orgue... mais pas toujours ^^ (http://www.cnrtl.fr/definition/orgue)
Ah c'est pas simple le français :)
Un article qui me rappelle le regretté Jean Véronis.
Clic si vous n'avez pas connu => http://blog.veronis.fr/
Un bon site comme je les aime, qui explique l'origine d'expressions ("trempé comme une soupe") ou certains mots parfois injustement méconnus (abasourdir, pandiculer, panouille...)
"Et c'est là qu'intervient la linguistique, domaine passionnant s'il en est. Il est une règle simple et pourtant fondamentale : le verbe précède la pensée. Nous concevons une situation à partir des mots que nous connaissons et utilisons. Le cerveau humain fonctionne ainsi. S'il ne fonctionnait pas ainsi, nous n'aurions jamais de moment où nous n'aurions pas de mots pour décrire une situation. Car, confronté à une telle situation, nous créerions un mot ("shmlurtz" par exemple) et on continuerait d'avancer. La langue anglaise en est une parfaite illustration : pour une situation ou un élément nouveau, quelqu'un qui parle anglais aura tendance à partir d'un mot déjà existant et à lui accoler un préfixe, un suffixe, ou un autre mot afin d'en modifier le sens. En français aussi, nous utilisons le même procédé, mais il est moins évident à mettre en lumière.
Cette manipulation par les mots est la plus sournoise et la plus efficace qui soit. Car ôter un mot, c'est ôter une idée. Rajouter un mot, c'est rajouter sa conception. Ce n'est pas pour rien que tous les gouvernants et tous les manipulateurs calculent précisément leurs propos (les fameux "éléments de langage"). Les mots ont un sens, ils ont un poids, ils sont une arme, en bref, ils sont importants."
:)
Oh c'est beau ça. Je vais l'imprimer et l'afficher partout. PARTOUT.
Merci Tommy.
=> On dit chiffrement numérique, pas cryptage digital !
"Parfois, elle s’envole, se cabre, s’emballe. Timide, elle recule, hésite, tâtonne, reste sur ses positions. Dans les grands jours, elle exulte, monte en flèche, caracole. Versatile, elle peut se montrer fébrile, affectée, même tiraillée. Mais ça ne dure jamais. Elle sait rebondir et revenir en grande forme. Loin d’être insensible, on la découvre parfois, en fin de journée, en train de piétiner, anxieuse. Quand le temps se couvre, elle peut être prudente, voire craintive. Alors, elle baisse la tête, fait de nouveau grise mine."
[...]
"Évidemment, la personnification des marchés, des cours des matières premières ou même des entreprises, est loin d’être neutre. Elle participe à l’inscription des mécanismes les plus fondamentaux du capitalisme dans un ordre naturel [...] En autonomisant les structures des rapports sociaux, le langage médiatique lui donne une vie propre, une existence de fait. En cela, il fait échapper à l’analyse le rôle que chacun des acteurs y joue et les intérêts qui y sont en jeu. Mais il exclut aussi sa transformation par des forces exogènes, voire sa fin."
"- Premier biais, pas des moindre et qui justifie le difficile combat contre le masculin soi disant neutre : quand nous allons parler de cet artiste nous allons dire "Il a fait ceci, ou cela ", et l'image qui vient est automatiquement celle d'un homme."
Et là, ça a été le déclic dans ma tête.
J'ai toujours défendu le "masculin neutre" et lutté contre la féminisation que je considérais comme abusive de certains titres ou fonctions. Mais en lisant cette phrase j'ai compris en quoi le masculin ne PEUT PAS être neutre. Maintenant, que faire ? La langue étant ce qu'elle est, nous ne disposons pas de pronoms neutres. Et je répugne à utiliser l'artifice consistant à coller à la fin du mot ses déclinaisons au féminin et au pluriel, tout simplement parce qu'en abuser rend certains textes illisible.
Shaarliste ça me va aussi. Je viens de vérifier, et j'ai très peu utilisé "shaarlieurs" (11 occurrences dans mon Shaarli, et encore, une bonne partie sont des reprises de Kevin !), et plus souvent "shaarlistes" ; mais je dois bien reconnaître que ce n'était pas pour des raisons de genre... mais parce que la sonorité en -ieur ne me plait pas. Pas de problème pour opter définitivement pour l'un des deux, donc.
Après, pour ta réflexion sur le genre, il y a encore quelques temps je t'aurais dit que tu exagérais, tout ça... Mais, comme disait Nicolas Menteurorzy à une certaine époque : "j'ai changé" :) Et notamment en lisant certaines choses chez toi et surtout chez Kevin (ceci par exemple : http://mypersonnaldata.eu/shaarli/?LGneOA).
Ok, en français le masculin est neutre et l'emporte. Je ne pense pas que l'on puisse changer la langue. Pas à court terme en tout cas. Mais quitte à créer de nouveaux mots, autant éviter de recréer ce genre d'écueil. Après oui, plein de shaarlistes s'en tamponnent complètement. Je peux même te donner des noms... ;) Mais si je peux me permettre un conseil, sans pour autant être un expert en manip... en communication, pardon : tu aurais pu ne pas écrire ton dernier paragraphe, pour plein de raisons :
EDIT : sinon, TIL épicène, "nom non marqué du point de vue du genre grammatical" (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pic%C3%A8ne)
Je livre ceci à votre réflexion.
Martin Vidberg vient de publier deux notes de blog http://vidberg.blog.lemonde.fr/2014/11/05/la-pause/ et http://vidberg.blog.lemonde.fr/2014/11/06/masculin-feminin/#xtor=RSS-32280322 où il illustre bien l’ambigüité qu'il y a à passer certains mots aux féminins dans la langue française. Mais il est dommage qu'il se limite aux interjections, gros mots et insultes.
Il y a... quelques années, une prof nous avait incité à réfléchir -en tout cas moi, ça m'avait fait réfléchir- sur le côté presque automatiquement péjoratif du féminin dans de nombreuses circonstances. Aspect péjoratif tant pas dû à la langue qu'aux mentalités et aux usages. Je vais vous donner quelques exemples :
EDIT : liste rallongée.
Je suis d'accord sur le côté phonétique de la chose, et un peu aussi sur le côté interjection vidée de son sens (que vais-je trouver à dire pour ma défense, moi qui dit "putain" environ 70 fois par jour...). Mais encore fallait-il préciser que tu insultais ton ordinateur ^^ (on passe des insultes aux gros mots, j'y vois une petite nuance)
Cela dit, l'argument de fond reste valable, et j'essaie de dire "Purée" ou parfois "Patate" à la place, mais j'ai du mal. Je devrais essayer "Purin", ça sonne un peu pareil...
Mais d'accord avec Kevin (http://www.mypersonnaldata.eu/shaarli/?Sl7OZA) : c'est nous qui faisons le contexte...
Ben... justement Bronco : traiter quelqu'un d'enculé, même "au second degré", en voulant dire par là que c'est quelqu'un de méprisable, revient à dire, et tu peux tourner le problème dans tous les sens :
De même que l'on peut dire "boire en juif" sans se vouloir antisémite, ou "fais pas ta fille" sans vouloir le moins du monde être sexiste... Et pourtant, les mots que l'on utilise entretiennent un climat, véhiculent aussi des idées, même si l'on n'y prête pas attention ; j'ai envie de dire surtout si l'on n'y prête pas attention.
La langue a beau évoluer, les sens se perdre et des mots en remplacer d'autres au gré des déformations (exemple fameux : "Fier comme un poux"... alors que la locution d'origine voulait dire "fier comme un coq"), tu ne me feras quand même pas croire que traiter quelqu'un d'enculé se fait "sans préjuger de ses mœurs sexuelles"... parce que c'est justement ça, le ressort de l'insulte : je te traite d'enculé, ce qui revient à dire de façon assez explicite que tu entretiens des rapports sodomites, DONC que tu es homosexuel, DONC, je remets en cause ta virilité, puisque dans l'inconscient collectif, un homosexuel n'est pas "viril". (Et comme disait Prévert : "pourquoi dites-vous LA virilité ?")
C'est le même schéma qui est à l’œuvre pour les mots con (j'ai un peu plus de mal à comprendre toutefois, mais j'imagine que si je te traites de "sexe féminin", cela revient à dire que tu n'as pas un "sexe masculin"... mais cela me parait un peu tiré par les cheveux). Merci de m'avoir éclairé pour connard, qui pourrait venir de "cornard", ce qui reviendrait à traiter son adversaire de cocu ^^
Bon nombres d'insultes désignent le sexe en fait, et toujours dans un sens péjoratif, pour sous-entendre que certains choses seraient honteuses : un bâtard ? Un enfant issu d'un couple illégitime. Putain ? Une femme qui a des rapports sexuels contre de l'argent. Con ? Le sexe féminin.
Il y aurait sans doute une analyse psychanalytique à mener sur les gens en fonction des insultes qu'il utilisent. "Vous traitez tout le monde d'enculé ? Hummm, c'est intéressant. Allongez vous, parlez-moi de votre maman"
N.B. : je serais curieux de voir si les termes "enculer" et "enculé" vont m'apporter plus de visiteurs dans les semaines à venir... En tout cas j'aurais tout fait pour ^^
Affirmatif ! C'est pour ça que je n'utilise jamais "fils de [maman travaille]" ou "va te faire sodomiser", parce que j'ai assez vite (et tout seul, fier) compris l’intolérance que ça recouvrait.
(lien direct : http://www.klaire.fr/2014/11/16/neon-nos-gros-mots-sont-des-blaireaux/)
J'espère quand même que l'on ne va pas me trouver des sous-entendus homophobes ou sexistes, voire misogyne à "connard"; parce que je l'aime bien çui là. Je n'ai rien contre "raclure", mais... il ne me parle pas. Sinon, pourquoi ne pas militer pour le retour des si jolies insultes du temps jadis ? Foutriquet, paltoquet, faquin
Ah et sinon, à propos de con, inévitable : https://www.youtube.com/watch?v=6lVhNSnXUeg
(paroles : http://www.parolesmania.com/paroles_georges_brassens_9624/paroles_le_blason_334681.html)
J'adore : des expressions imagées usuelles toutes mélangées ! D'où le titre : "Du sel dans les épinards"
Je viens de (re)tomber sur cette note de Kevin. Je l'approuve à 100%
"Les termes "politiquement corrects", bien que moqués, ne sont pas anodins. Ils participent à ancrer, de manière profonde, une vision de la réalité. Pas juste "de simples mots" mais des mots qui, de par leur sens, donnent un sens à la réalité. Et de fait, lorsqu'on retire un mot de la circulation (comme "exploité"), on ne change rien à la situation réelle, mais on change la perception qu'on a de la même situation."
Titiou Lecoq, à propos de "chatte" :
"Mais je ne trouve pas d’autres mots, tout simplement. « Chatte » me dérange. À l’oral comme à l’écrit, ça me choque. Mais il y a un gros déficit de vocabulaire pour parler du vagin ou de la vulve. Je pense que plein de nanas sont dans mon cas. Comment parler de ton entre-jambe sans être froidement morphologique, sans sombrer dans des mots d’enfant ou sans être vulgaire ? La conclusion, c’est que ce n’est pas naturel de parler de notre organe."
Ce n'est pas la première fois que je lis quelque chose de cet ordre là à propos de ce déficit de vocable pour désigner le sexe féminin ; c'est vrai qu'on a le choix entre des termes médicaux et d'autres à connotation vulgaires, alors que pour le sexe masculin, il y a des dizaines de termes possibles... Question de société, de place de la femme, tout ça... sans doute.
J'adore. Il doit bien y en avoir d'autres comme ça, faut qu'on y réfléchisse.
Pomme de terre ?
Je plains sincèrement les anglais qui n'ont qu'un seul pronom, et qui doivent avoir un mal de chien à s'y retrouver dans nos complications...
via http://shaarli.warriordudimanche.net/?RiQO6Q
Tiens, je ne m'étais jamais rendu compte de ça :
Minuit = 12 am (midnight)
Midi = 12 pm (midday)
Et pourtant, dans la vie de tous les jours, on dit assez couramment "il est 2 heures" à la place de "il est 14 heures" ; eh bien les anglais ne disent que "il est 2 heures... de l'après-midi" et je trouve ça assez logique. (à l'extrême, minuit c'est : 12h avant midi... si ça peut t'aider à te souvenir...)
Cultivons-nous ensemble, et demandons un éclaircissement à Wikipédia, le site préféré de Timo ^^ https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_horaire am et pm veulent dire ante meridiem et post meridiem : "le système horaire de 12 heures [qui] énumère les 12 heures ante meridiem, le matin, de minuit inclus à midi exclu (12 am, 1 am, …, 11 am) et les 12 post meridiem, l'après-midi et le soir, de midi inclus à minuit exclu (12 pm, 1 pm, …, 11 pm)"
Si on veut partir dans ce qui est logique est ce qui ne l'est pas, j'avoue que cette image http://h3.abload.de/img/wallpaper-1444616u6fy6.jpg m'a fait sourire -à titre personnel, j'ai tendance à utiliser la méthode que j'ignorais jusqu'alors être la japonaise pour nommer mes documents- mais je pense que cette façon de dire vient de la structure grammaticale de la langue, pas d'une plus ou moins grande logique.
Et si cette image http://www.funnyjunk.com/funny_pictures/3748659/American+logic insiste sur le système décimal, dont nous sommes à juste titre si fiers, il est notable qu'elle n'interroge pas notre système de mesure du temps, qui est pourtant si compliqué... (car en base 12 ET en base 60)
Tout ce développement pour vous parler de cet article http://www.procrastin.fr/blog/?2005/12/05/61-horloge-decimale lu il y a un bout de temps, mais qui m'avait frappé : à la Révolution française, on était passé aussi au système décimal pour le temps : des journées de 10h de 100 minutes de 100 secondes. Mais l'idée n'a pas tenue deux ans. Dommage.
L'auteur de l'article propose même une double horloge, décimale et duodécimale" afin que l'on puisse se faire une idée de la chose : http://www.procrastin.fr/blog/images/temps/horloges.html
Merci pour le lien, c'est intéressant même si je le savais déjà (je crois que c'est Henriette Walter qui a fait un livre là dessus). Après, faudrait voir à arrêter avec cette légende urbaine des "académiciens qui tiennent tant à franciser tous les mots anglais". C'est complétement faux, et la plupart sont les premiers à savoir ce dont nous parlons, c'est à dire qu'il y a plus de mots d'origine française dans la langue anglaise que l'inverse. Toutes les commissions de francisation & co. ce sont des initiatives politiques...
EDIT : Cf. http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?4n1Lag
Un petit outil qui me rappelle un peu ce que j'évoquais là : http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?67YMrA
via https://dooby.fr/links/?w_7QOg
J'adore. D'autant plus que comme le dit ZeShaarli, "c'est pas du tag qui tâche, c'est du tag intelligent."
via http://shaarli.zeseb.fr/?tXld1A
Du coup, je découvre ce site : http://l-ecume-des-mots.webnode.fr/
Sans rentrer dans les détails de l'article (je ne suis pas d'accord sur tout, je n'adhère pas vraiment aux thèses conspiratio-apocalyptiques se délectant de "la chute de l'Occident" mais pour autant je suis assez d'accord pour dire que le système politique est à repenser de fond en comble), je suis intrigué par cette propension très à la mode depuis quelques temps à utiliser la métaphore informatique à propos de tout et n'importe quoi. Surtout pour n'importe quoi d'ailleurs. Ecoutez un peu les interviews des hommes politiques à la radio (je sais, c'est chiant), et vous finirez par noter cet "élément de langage" (pour parler comme leurs communicants) : à tout bout de champ, on nous explique que "le logiciel est cassé" ou bien au contraire que telle ou telle chose "sont dans le logiciel/le code du parti" etc.
Je ne sais pas qui a cette idée pourri le premier, et je regrette vivement que Jean Quatremer soit mouru. Il aurait pu nous analyser tout ça.
Lien vers l'article : http://auxinfosdunain.blogspot.fr/2014/06/point-de-rupture.html
via http://lehollandaisvolant.net/?id=20140518180135
Ça me rappelle un billet de blog qui s’intitulait (à dessein) "A table on mange les enfants" et qui protestait pour le même manque de respect envers la ponctuation.
Lien donné par Kévin Mérigot http://www.mypersonnaldata.eu/shaarli/?gU6JWA : les conférences du Pavé.
C'est pour des notes de ce genre que Kevin Merigot est en train de passer dans mon top 5 des Shaarlis à suivre :)
Je te conseille de lire ceci pour prolonger ta réflexion, mais tu l'as peut-être déjà lu : http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?67YMrA
Pas le courage de faire un résumé. regardez au moins la vidéo.
EDIT : tiens, je n'étais plus trop sûr de l'avoir shaarlisé ! Je vais un peu étoffer cette notice du coup. Il décortique le langage dominant et ses stratégies rhétorique : euphémismes, oxymore, pléonasme et langue de bois la plus brute.
"Des exemples ? Le capitalisme s’appelle désormais développement, la domination se nomme partenariat, l’exploitation se dilue dans la gestion des ressources humaines et l’aliénation a l’apparence d’un projet."
Bref, "À regarder le tableau se remplir et à réaliser tous ensemble qu’aujourd’hui un licenciement collectif s’appelle un plan de sauvegarde pour l’emploi, on se dit que George Orwell dans 1984 (publié en 1949) avait déjà tout compris."
Putain mais c'est vrai bordel, ce con a raison !
"Créé en 2005 par le CNRS, le CNRTL fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.
Le CNRTL intègre le recensement, la documentation (métadonnées), la normalisation, l’archivage, l’enrichissement et la diffusion des ressources.
La pérennité du service et des données est garantie par l’adossement à l’UMR ATILF (CNRS – Nancy Université), le soutien du CNRS ainsi que l’intégration dans le projet d’infrastructure européenne CLARIN."
On dirait pas comme ça, mais c'est une super ressource : dictionnaires, lexiques, outils...
"Alors, faut-il interdire le tacle aux journalistes en manque d'imagination, comme l'avait un jour envisagé Michel Platini pour les footballeurs ? Ou proposer à la corporation un programme de désintoxication ? Les ressources de la langue française étant vastes, les substituts ne manquent pas et on y gagnera en nuances [...] Peut-être faudra-t-il surtout que les acteurs de la vie publique commencent par élever leur discours à un niveau d'argumentation nécessitant des comparaisons moins simplistes qu'avec un geste de footballeur."