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Retour sur quelques livres lus en 2023

mardi 23 janvier 2024, par Sammy

En 2023, j’ai découvert ces messieurs Gemmel et Silverberg, je vous ai parlé de Julie Otsuka, David Morrell et Robert Merle ; d’une daronne et de morphine, puis j’ai commencé une série sur Arsène Lupin, en deux articles pour le moment que je finirai un jour, peut-être, puis le temps m’a manqué pour parler de mes autres lectures [1].

Tâchons de nous rattraper dans cet article-balai de 2023, avec quelques unes de mes lectures préférées de l’année écoulée (dont certaines ont pu être évoquées sur Mastodon, il y aura quelques redites).

Franz en Amérique

Ce titre clôture une trilogie entamée avec Abraham et fils et poursuivie avec Les histoires de Franz ; osons le dire : c’est un morceau d’histoire franzaise [2]. De son arrivée en 1963 à Tilliers avec son père médecin, fuyant l’Algérie, jusqu’à son séjour en Amérique dans les années 70, c’est l’itinéraire touchant d’un jeune garçon devenant un homme. Comme c’est une trilogie d’apprentissage, on y parle amour, famille, deuil, reconstruction, amitié ; comme c’est un roman de Winckler, on y parle médecine, sexualité, droit à l’avortement, luttes des femmes ; comme ça se passe dans les années 70 sur la côte Ouest, on y parle sexualité, droit à l’avortement, luttes des femmes et des minorités, racisme. On y parle SF (San-Francisco, et Science-Fiction). On y parle d’amour aussi, et tout ça est drôlement mignon. Ça fait du bien à lire. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire quelques rapprochement avec 4 3 2 1 dont une partie se passe à la même époque aux USA.

Le grand Cœur et Rouge Brésil

J’aime beaucoup Jean-Christophe Rufin. Il y a quelques années, je l’ai découvert avec Le tour du monde du roi Zibeline, puis j’ai adoré L’abyssin et, dans une moindre mesure, Sauver Ispahan. Le grand Cœur est dans la même veine de roman historique où Rufin part d’un personnage historique et brode un peu autour en essayant de coller au plus près de la réalité de la période. Ici, c’est bien entendu de l’histoire de Jacques Cœur dont il est question, de son ascension fulgurante et de sa chute ; Rouge Brésil relatant pour sa part l’histoire, moins connue, d’une très éphémère tentative de colonisation du Brésil sous Henri II sous fond de prémices des guerres de religion qui vont bientôt déchirer le royaume.

Dans les deux cas, on retrouve avec un égal plaisir le grand talent de conteur et « d’humanisation » de Rufin, qui rend vivants et proches de nous des personnes mortes depuis des siècles. Mais, il s’en revendique, ça reste des romans, il faut à ce titre lire ses postfaces, très éclairantes sur son travail.

Des milliards de tapis de cheveux

Ce livre m’a tellement marqué que j’en ai rêvé la nuit. Une planète entière où des artisans passent littéralement leur vie entière à faire UN tapis avec les cheveux de leurs femmes, concubines et filles. Ça parait bizarre comme pitch mais le roman est bien construit, et nous fait découvrir petit à petit cet univers, et la vérité qui s’ensuit, par une sorte de dézoom progressif, partant de la maison d’un tisseur de tapis, s’intéressant à sa planète, puis à cette galaxie dans laquelle règne cet empereur pour lequel on tisse ainsi des tapis, génération après génération. La fin me hante encore.

Cent ans de solitude

Que dire sur cet archi-classique ? Je suis content de l’avoir (enfin) lu. Il ne m’en reste que le souvenir d’une épopée hénaurme, burlesque, tragique, drôle, triste, merveilleuse... tout ça à la fois. C’est un roman où le récit prend des dimensions bibliques sans pour autant que son auteur ne se prenne pour dieu, je ne sais pas si vous voyez bien ce que je veux dire...

Tout le monde s’appelle José Arcadio ou Aureliano, on finit par ne plus savoir qui est qui, et ça tombe bien, c’est exactement le but de l’auteur. Une adaptation Netflix serait en cours, mais est-ce bien raisonnable ?

Nous allons tous très bien, merci

Vous êtes vous déjà demandé ce que devenaient les rescapés des films d’horreur ? Ceux qui ont échappé aux cannibales, aux adorateurs de Cthulhu ou à d’autres abominations ? Eh ben ils vont chez le psy. Cette novella mélange les passages d’un groupe de parole avec le dévoilement progressif du passé des personnages, et donc aussi une montée progressive de l’angoisse : nous ne sommes pas seuls dans ce monde... Une expérience intéressante pour moi : au début, ne sachant pas qu’on se dirigeait vers de l’horreur, j’avais surtout peur d’avoir peur, et je craignais les passages détaillant les sévices dont les personnages avaient été victimes [3]. Arrivé à la fin, je n’en avais plus rien à faire : trop de gore tue le gore et on ne s’intéresse plus qu’à l’intrigue.

L’invincible

L’avouerai-je ? J’ai lu ce roman parce que j’ai appris qu’un jeu inspiré du livre allait paraître. On a les prétextes qu’on peut. Et ce fut une bonne surprise. Comme d’habitude dans la « vieille » SF (1964) il faut mettre de côté l’aspect daté de certaines technologies inventées [4] pour ne se focaliser que sur l’histoire, qui est vraiment ce que je retiendrai : envoyé sur une planète très lointaine, l’équipage de l’Invincible devra découvrir ce qui est arrivé à un vaisseau porté disparu et à son équipage. Au final, l’explication est très originale, et la morale de l’histoire vaut d’aller au bout de la lecture.

Station Eleven

Une histoire post-apo dans laquelle un groupe de survivants monte un groupe de musiciens et comédiens itinérants « parce que survivre ne suffit pas ». De fait, le roman s’articule autour de la trajectoire de quelques personnages et deux temporalités : la vie avant la pandémie (qui a tué 99,99% de l’humanité) et les premiers moments de celle-ci ; et la vie 20 ans plus tard. J’ai dit qu’une pandémie avait ravagé l’humanité ? Vous avez pensé au Covid ? Vous pensez sans doute que Emily St. John Mandel n’avait pas été chercher son inspiration très loin ? Erreur : elle a écrit ce roman en 2014...

Emily St. John Mandel, comme la plupart des auteurices de cet article (sauf Rufin et Winckler), est une découverte 2023. Mieux que ça, elle est, avec Becky Chambers, l’une de mes révélations de l’année.

L’espace d’un an

Depuis le temps que je voyais passer des louanges à propos de cette série, il fallait que je la lise !

Soyons direct : j’ai adoré cette histoire ! De la SF (quasiment) non-violente, où en tout cas l’usage des armes n’est pas glorifié. Une histoire basée sur les différences et les interactions entre les personnages, de races différentes, avec des besoins, des cultures, des goûts... souvent très éloignés les uns des autres. Un monde en miniature, enfermé dans un vaisseau parti pour un périple qui doit durer un an [5].

Du coup j’ai lu à la file les 3 autres romans de cette série début 2024. Il faudra que j’en parle à l’occasion.

Le discours

J’ai lu ce court roman à cause du dernier Astérix, dont le scénario est signé par le même Fabrice Caro, et parce qu’on m’avait dit que c’était drôle.

Oui, ça l’est. Et pas qu’un peu, je vous préviens tout de suite, ça va être dur de cacher votre fou rire si vous lisez à un moment inapproprié.

Adrien est un type un peu looser, du genre qui concentre tous les aspects looser que nous avons tous, dont la copine (l’ex-copine ?) Sonia lui a annoncé il y a 3 semaines qu’elle voulait « faire une pause », et qui se voit chargé par son futur-beau frère du discours de son mariage... Bien sûr, il va refuser, il va le lui dire, là, tout de suite, dès que sa sœur sera repartie... On suit tout du long les pensées d’Adrien, ses doutes, ses angoisses, et putain, pourquoi elle répond pas à mon SMS Sonia ?

Et quand on sait qu’Adrien Astier a supplié (c’est lui qui le dit) l’auteur de le laisser adapter le roman en pièce de théâtre, l’évidence saute aux yeux : ce livre a été écrit pour être un one man show. Je découvre à l’instant qu’il en a été également tiré un film, j’avoue être un peu plus dubitatif.

Orgueil et préjugés

A priori, on pourrait craindre que ce soit un peu chiant, un peu prétentieux, un peu vieux (1813 quand même), mais en fait c’est vachement drôle. Pas drôle comme du Caro, mais plutôt comme du Molière. Jane Austen met en avant les contraintes et les préjugés de classe, mais, de façon irréaliste sans doute, ça finit bien, l’amour triomphe, tout ça. Comme dans les pièces de Molière où les tourtereaux arrivent à triompher de la volonté du père de la demoiselle qui voulait la marier à un vieux barbon. Le tout donnant lieu à une galerie de portraits assez réjouissante.


Un mot pour finir :
Je m’interrogeais ainsi sur Mastodon : « Et si, à l’instar de l’héroïne de Station Eleven, vous deviez quitter votre maison pour toujours lors de la chute de la civilisation en emportant UN SEUL livre, lequel choisiriez-vous, et pourquoi ? (ne vous limitez pas aux livres que vous possédez IRL). »

Pour ma part, je n’ai toujours pas trouvé la réponse...


[1Je déporte en note pour ne pas alourdir l’article le fait que j’ai parlé ici de quelques BD : des Blake & Mortimer de bonne facture, une très intéressante Laila Starr, et l’étonnamment bon L’iris blanc. Il y a aussi eu le malheureux Jakób, de triste mémoire. Je précise également que j’ai réussi à finir le merveilleux bestiaire de M. Henderson, chiné à la braderie du Secours Pop.

[2même si on apprend dans ce livre que Franz doit son prénom à Frantz Fanon et non pas Kafka, comme on pouvait être fondé à le supposer

[3A ce titre je vous déconseille globalement cette lecture si, comme moi, vous êtes du genre à visualiser tout ce que vous lisez

[4Qui a dit rétrofuturisme ?

[5Ah, c’est pour ça le titre ! Néanmoins, le titre anglais vaut son pesant de cacahouètes : « The Long Way to a Small, Angry Planet ». Et c’est encore un livre de 2014.