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Lecture expresse : Proust contre la déchéance

lundi 26 mai 2025, par Sammy

Józef Czapski est un survivant mais, en 1941, alors qu’il est prisonnier des soviétiques au camp de Griazowietz, il ne sait pas encore qu’il compte parmi la poignée d’officiers polonais à avoir échappé au massacre de Katyn, forêt de sinistre mémoire où plus de 4000 officiers polonais furent sommairement exécutés par les soviétiques [1].

Dans le camp, soumis à la faim, au froid et aux travaux forcés, et plus généralement à une poignante incertitude quant à leur avenir, les prisonniers décident d’organiser des conférences [2] ; les uns parleront de science, d’autres d’Histoire, d’autres encore d’alpinisme.

Józef Czapski lui, choisit de parler de Proust, et plus précisément de La Recherche du temps perdu, qu’il a lu près de 10 ans auparavant.

C’est une lecture touchante, essentiellement parce que ce texte est indissociable des conditions dans lesquelles il a été créé ; au-delà, c’est l’œuvre d’un artiste (Griazowietz est un peintre, il avait déjà une certaine notoriété avant la guerre) qui parle d’un autre artiste ; c’est aussi un intellectuel de son temps, pour lequel Proust n’est pas une figure brumeuse du passé : il n’est mort qu’une petite vingtaine d’année auparavant (1922), c’est un contemporain qu’il peut à loisir comparer à d’autres auteurs, français ou polonais, qu’il admire.

De manière très prosaïque, malgré, ou plutôt grâce à ses lacunes et ses imprécisions, c’est une bonne porte d’entrée à La Recherche : plutôt qu’un assommant commentaire universitaire visant une forme d’exhaustivité, Czapski parle avec ses souvenirs... et avec son cœur. Il ne parle que de ce qui l’a marqué, ce qu’il a retenu par delà les années, autant dire qu’il va à l’essentiel.


[1au total, ces exécutions firent plus de 22 000 morts parmi l’élite polonaise, et plus 60 000 déportés.

[2soumises à la validation préalable de la police politique soviétique