Une lenteur conduisant à un décalage permanent par rapport à l’évolution de la langue, et qui s’expliquerait par la nature actuelle de l’institution : «Ses membres, essentiellement des écrivains, même largement secondés par des agrégés de lettres, n’ont pas du tout les compétences pour rédiger un dictionnaire, explique la linguiste Laélia Véron (université d’Orléans). C’est un vrai métier, comme lexicographe, dont l’Académie est grandement dépourvue.» Une lacune qui, de fait, empêche l’Académie française «de travailler sur les nouveautés et l’actualisation de la langue française». Et rend d’autant plus hypothétique son rôle, au long cours, de «gardien de la langue française».
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«Réglementer la langue française ne veut rien dire. L’Académie française peut faire des recommandations au public, mais il n’y a pas de ‘‘gardien de la langue’', pas d’organisme qui fixe la norme, abonde un haut fonctionnaire travaillant dans ce domaine. Le principe reste celui de la liberté d’expression et les Français peuvent, à titre privé, écrire comme ils l’entendent. Pour se moquer de l’académie, Voltaire en son temps s’amusait d’ailleurs à faire des fautes d’orthographe.»