Cela faisait déjà quelques jours que je me demandais où en était l'affaire Booxup.
Mais si, souvenez-vous, cette gentille société ne visant qu'à mettre en relation des personnes désireuses de s'échanger des livres, persécutées par un odieux fonctionnaire de la DGCCRF, dans le but abominable d'interdire aux citoyens français d'échanger des livres.
Cf. http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?mhE0pA
Lionel Maurel (alias Calimaq) en a fait une excellente analyse qui commence à dater un peu, mais que j'avais loupée.
Point 1 : Booxup ne relève pas du droit actuel concernant les bibliothèques car il ne correspond pas à la définition.
"On en arrive donc à la conclusion qu’en l’état du droit applicable en France, Booxup ne saurait être considéré comme une « bibliothèque accueillant du public pour le prêt » et n’est donc pas assujettie à la rémunération prévue par la loi au bénéfice des titulaires de droits. Le fait qu’une plateforme intervienne comme intermédiaire entre particuliers pour faciliter leurs pratiques de prêt de livres ne change pas la nature juridique de ces actes. On est toujours en présence de prêts privés entre individus et non d’un « prêt public »."
Point 2 : l'application Booxup ne fait que surfer sur la vague de l'économie du partage, il y a fort à parier que si elle se développe, elle reniera sans vergogne son actuel discours sur le partage et la culture. D'ailleurs c'est déjà en germe.
"Certes l’application reste actuellement gratuite pour ses utilisateurs, mais le logiciel qu’elle utilise pour fonctionner n’est pas libre et la manière dont elle collecte agressivement les données personnelles de ses usagers laisse penser qu’elle s’éloignera vite des valeurs de « l’économie du partage » dont elle se revendique"
Calimaq va plus loin en généralisant : "l’essor des pratiques de partage favorisées par le numérique a été récupéré par des plateformes qui en captent la valeur, avec des effets de bords inquiétants sur le plan économique et social"
J'ai pour ma part été faire un petit tour dans les CGU de Booxup : http://www.booxup.com/legal
A l'article 9, on trouve ceci :
"Article 9 : Information nominative
En application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, il est rappelé que les données nominatives qui sont demandées à l’Utilisateur sont destinées à un usage interne par BOOXUP. BOOXUP collecte également les données de géo-localisation des Utilisateurs. Ces données nominatives peuvent néanmoins être transmises à des tiers, partenaires du Site. Des cookies peuvent être utilisés permettant à booxup de récupérer des informations sur la configuration et les habitudes de navigations des Utilisateurs. Les finalités de ses collectes sont les suivantes :
Gestion de la relation avec l’Utilisateur,
Constitution et gestion de fichiers de clients et de prospects,
Analyses statistiques à des fins commerciales et études de marché,
Envois de propositions commerciales et de lettres d’information par email, courrier ou SMS."
C'est assez clair là ? Le produit c'est l'utilisateur, ou plutôt ses données personnelles. On s'en tape des livres et de la culture.
Dans une récente interview à Actualitté (https://www.actualitte.com/article/interviews/booxup-n-est-pas-une-marketplace-rappellent-les-fondateurs/60719), les créateurs font d'ailleurs preuve d'un cynisme certain en la matière : "Pour utiliser booxup, il faut aujourd’hui avoir un compte Facebook ou Twitter, donc il faut utiliser une plate forme à laquelle l’utilisateur a déjà abandonné une grande partie de ses données personnelles." Ben voyons. Pourquoi qu'on aurait pas notre part du gâteau nous aussi ?
Et en ce qui concerne l'utilisation potentielle de ces données, ils n'y vont pas par 4 chemins : "aujourd'hui nous ne faisons rien des données que nous collectons. Par contre, effectivement, nous avons l’intention de les utiliser. En premier lieu pour améliorer encore et toujours le produit." (Permettez-moi de loller)
Le reste de l'interview est assez révélateur.
Si vous voulez creuser le sujet, autres liens cités par Calimaq :
http://paigrain.debatpublic.net/?p=9309
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2015/09/on-ne-prete-que-aux-riches.html
http://page42.org/peut-on-preter-ses-livres/